
La vie, c’est du déploiement partout, c’est de l’éclosion en permanence.
Résumé
Après un premier épisode consacré aux injonctions spirituelles, Emmanuel prolonge la réflexion avec Nesrine, praticienne en maïeusthésie. Très vite, une question apparaît : suffit-il de remplacer une injonction par une invitation ? Pour Nesrine, même une invitation peut être reçue comme une nouvelle attente. L’enjeu serait alors moins de dire à l’autre où aller que de lui offrir un espace où il puisse être pleinement accueilli.
La conversation se déplace ensuite vers le corps et l’intuition. « Écoute ton corps » peut parfois ouvrir un chemin précieux, mais cette formule peut aussi devenir une injonction supplémentaire. Le corps n’est ni un raccourci ni une réponse automatique : il demande la même délicatesse, la même curiosité et la même attention que toute autre dimension de soi. Au fil de l’échange se dessine une confiance commune dans ce qui se déploie déjà, sans avoir à le forcer.
Points clés
- Une invitation peut parfois être reçue comme une injonction si elle suggère implicitement un endroit où l’autre devrait parvenir.
- Accompagner consiste moins à diriger qu’à offrir un espace d’écoute, de non-jugement, de sécurité et de rencontre.
- Prendre soin, ne signifie pas faire à la place de l’autre, mais permettre à ce qui est déjà à l’œuvre de se déployer.
- Le corps peut devenir un allié précieux, mais « écouter son corps » n’est ni évident ni adapté de la même manière pour chacun.
- Le corps peut ramener à l’instant présent, tout en demandant beaucoup de délicatesse lorsqu’il est associé à une histoire douloureuse ou traumatique.
- L’accompagnement peut s’appuyer sur une confiance dans un mouvement de vie qui se déploie déjà, plutôt que chercher à provoquer un résultat.
Lire la transcription complète
[Intervenant 1]
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouveau numéro, ce nouvel épisode du podcast Présence à soi, et pour la première fois, un invité, une invitée, nous rejoint. Nesrine, bienvenue.
[Intervenant 2]
Merci, bonjour tout le monde.
[Intervenant 1]
Bienvenue à toi et ravie de te retrouver dans cet espace, cet espace audio.
[Intervenant 2]
Oui, merci pour ton invitation.
[Intervenant 1]
Avec plaisir. Et donc, j'avais prévu de te présenter en quelques lignes, et puis si tu veux rajouter quelque chose, tu me le dis.
[Intervenant 2]
Ok.
[Intervenant 1]
Donc, tu es praticienne en myosthésie certifiée, et c'est en qualité de praticienne et c'est en qualité d'être humain ou d'être humaine que je t'invite et que j'aurai plaisir à avoir cet échange avec toi.
[Intervenant 2]
C'est parfait.
[Intervenant 1]
Est-ce que tu voulais dire autre chose pour te présenter ?
[Intervenant 2]
C'est bon pour toi ? Non, c'est très bien.
[Intervenant 1]
Ok, ça marche. Et donc, on avait échangé suite à la publication du podcast sur les injonctions spirituelles, et tu m'avais fait un retour en audio et ça m'avait donné envie de continuer cette discussion sur WhatsApp par échange de messages audios. Et puis finalement, on s'est rendu compte que c'est vachement plus sympa de le faire en live, forcément.
Et puis, là, je lançais le podcast, donc c'était l'occasion rêvée d'échanger sur ce sujet. Et c'est vrai que c'est un sujet, j'y ai pensé avant de démarrer aujourd'hui, et je me suis dit que c'est vraiment quelque chose qui pourrait prendre beaucoup de temps parce que les croyances entre les croyances, les injonctions, les invitations, tout ça, ça peut se mélanger et au final, on pourrait presque tout mettre dans le sac des injonctions, alors que non. Il y aurait beaucoup de choses à dire.
[Intervenant 2]
Oui, oui.
[Intervenant 1]
On va essayer d'échanger à ce sujet et puis de voir où cet échange nous mène.
[Intervenant 2]
Avec plaisir.
[Intervenant 1]
Qu'est-ce qui t'avait, toi, le plus marqué ? Qu'est-ce que tu avais retenu ? Qu'est-ce qui t'avait le plus touché, peut-être aussi, dans ce petit podcast de dix minutes que j'avais fait ?
[Intervenant 2]
Ce qui m'avait le plus touchée, déjà, c'était concentré bien dans ce podcast ton ras-le-bol, tu vois, de ces injonctions. Je sais d'expérience que c'est un ras-le-bol qui est partagé, ce qui montre bien que déjà la cible est manquée. Les injonctions, je pense qu'elles sont là au départ pour contribuer, mais si au final elles produisent l'effet inverse, c'est que ce n'est pas juste du tout.
Et il me semble que tu parles de remplacer à un moment, c'est-à-dire que si on n'est pas dans les injonctions, par quoi on remplace ça ? Et c'est pour ça que ça m'intéressait, moi, de continuer à échanger avec toi sur ce sujet.
[Intervenant 1]
Ça me fait un petit peu écho à ce que je venais de te partager juste avant, c'est-à-dire par quoi on remplace tout ça. Et ce qui me vient spontanément, c'est le mot invitation. Parce que quoi d'autre ?
Une injonction, on pourrait s'amuser, se prendre la tête peut-être, ou s'amuser à la définir avec son étymologie, avec la façon dont on l'emploie ou on l'emploie quand on l'emploie. Mais au final, on comprend ce que c'est quoi. En gros, c'est un ordre et c'est peut-être dans l'inconscient collectif, dans certains milieux, etc., ça ressemble. En tout cas, ça ressemble à un ordre. L'invitation, par contre, non. L'invitation, c'est une invitation.
Et l'injonction, par exemple, sur l'exemple ouvrir son cœur, je ne sais pas ce que ça serait l'invitation.
[Intervenant 2]
Moi, je suis, je vais être honnête, je ne suis pas du tout au même endroit que toi. Tu vois là-dessus. C'est-à-dire que même l'invitation, pour moi, elle est forcément perçue comme une injonction à un certain niveau.
Moi, je suis vraiment ailleurs. Si tu veux, je peux te partager où je suis, ça pourra peut-être faire un point de départ. Mais pour moi, justement, alors là, je parle en tant qu'accompagnante et je parle à l'accompagnant que tu es, mais quand on accompagne un être à aller un peu plus vers soi, j'estime qu'on est là pour incarner, justement, ce qu'il ne trouve pas en lui.
Et justement, moi, ces injonctions, je suis beaucoup restée avec, tu vois, le top 5 que tu as fait. Je me suis dit mais finalement, c'est ce qu'on vient chercher chez moi quand j'accompagne. C'est moi qui ouvre mon cœur.
C'est moi qui suis avec ce qui est. Et c'est pour ça qu'après, dans nos échanges, tu parlais de prendre soin. Ce n'était pas pour inviter l'autre à prendre soin de lui ou à prendre soin de ses parts souffrantes en lui, mais c'était plus pour le praticien, pour celui qui accompagne qui, finalement, est là pour prendre soin de ce qui est et d'expérience.
Voilà, c'est vraiment mon expérience qui parle à chaque fois qu'on prend soin, qu'on a pris soin d'un autre, ça a permis à la vie d'émerger.
[Intervenant 1]
Est-ce que tu veux dire, Nesrine, que prendre soin, ça fait partie de ta posture de thérapeute ? C'est une posture de bienveillance, d'écoute, de non-jugement, c'est ça ? Absolument, oui.
C'est dans ce sens que tu prends soin ?
[Intervenant 2]
Oui, c'est dans le sens que je prends soin. Et vraiment, tu vois vraiment cette phrase de Maësthésie, bienvenue à toi telle que t'es. Pour moi, ça, c'est prendre soin, en fait.
Parce que, justement, les parts souffrantes, ce qui leur manque, c'est de l'espace. Elles n'ont pas d'espace pour émerger. Elles manquent d'écoute, on ne les voit pas.
Et moi, quand j'offre ça à un autre, pour moi, je ne peux pas prendre plus soin qu'en faisant ça.
[Intervenant 1]
Je remercie beaucoup de me partager tout de suite ce qui t'anime en tant qu'être humain et en tant que praticienne, accompagnatrice. Parce que ce prendre soin, pour moi, j'entends que c'est aussi tout ce que l'on nous invite à incarner, premièrement, quand on prétend à accompagner autrui et deuxièmement, quand on prétend, c'est mon avis en tout cas, à être un bon être humain. Désolé pour le mot bon, je mets des guillemets.
Mais disons qu'on pourrait partir dans les deux directions, l'humain, le spirituel, l'existentiel et d'un autre côté, le thérapeutique et l'accompagnement. Là, on est sur la partie accompagnement et peut-être relationnel au sens thérapeutique. C'est vrai que ça me semble super important de définir, mais en même temps de définir en étant dans le témoignage de l'expérience.
Et là, tu témoignes de ton expérience d'être praticienne. Prendre soin, je te rejoins, c'est vrai que c'est un des ingrédients fondamentaux de la posture, notamment la posture myostasique. On pourrait même parler de la posture tout simplement d'accueil, de rencontre, d'écoute, etc.
On ne peut pas que se border à ce mot-là, myostasie. Et prendre soin, pour les auditeurs ou auditrices qui ne connaissent pas la myostasie, bon, on ne va pas faire un podcast là-dessus ou tout décrire, mais quand on est dans une situation, dans un rôle d'accompagnateur et dans la rencontre avec un être qui est potentiellement en souffrance, prendre soin, c'est incarner une posture qui est une posture de bienveillance, de non-jugement, d'écoute. Et il y a aussi le mot facilitateur qui me vient, parce que finalement, on facilite un mouvement qui est déjà à l'oeuvre, un mouvement de vie, un mouvement de déploiement.
Et nous, on facilite tout ça, on tente de le rendre plus fluide, de le rendre plus doux, de le rendre peut-être même plus joyeux, mais avec beaucoup d'humilité, parce qu'on est que celui qui va peut-être donner un petit coup de main à la vie qui, elle, est déjà en route. Et c'est vrai que quand tu m'avais laissé ce message sur prendre soin, moi, j'étais sur mon biais injonction, mais en fait, décrire une posture, c'est ça qui permet d'aller au-delà de l'injonction. Parce que si on reste sur ce mot, si on reste sur tout ce qu'il peut, toutes ses connotations, etc., on recrée une forme d'injonction qui est tout est injonctif et le serpent se mord la queue, en tout cas, on se mord la queue. Et voilà, finalement, en parlant de nos perceptions, de nos sensibilités par rapport à ces mots et de la façon dont on les incarne, là, on a une réponse de ce qu'est ou pas une injonction. Et là, dans le cadre que tu témoignes, c'est exactement ça, c'est prendre soin. Ce n'est pas une injonction, ce n'est pas une posture thérapeutique et c'est même une posture d'être qui rencontre un autre être.
[Intervenant 2]
Oui. Absolument.
[Intervenant 1]
Moi, je donne par exemple cette définition un petit peu que c'est un ingrédient, un des ingrédients de la posture, de la posture myosthésique, de la posture de la relation d'aide. Est-ce que pour toi, d'en prendre soin, ça évoque d'autres ingrédients que ceux que tu m'as dit, par exemple d'accueillir, d'écouter ?
[Intervenant 2]
Le non-jugement, bien sûr. Je pense qu'on l'a déjà dit. Rejoindre l'autre, en fait, être à 100% avec lui.
[Intervenant 1]
C'est quoi pour toi, être à 100% avec l'autre ? Est-ce que tu peux trouver des mots ? Ce n'est peut-être pas évident de trouver des mots pour ça, pour décrire ça.
Être à 100% avec l'autre, j'adore, je te pose la question parce que j'ai envie de te rencontrer dans ce que c'est pour toi, c'est clair.
[Intervenant 2]
C'est toujours une affaire d'espace, tu vois, pour moi. C'est toujours une affaire de… Je te laisse un espace quasi illimité, tu vois, mais il faut être humble après dans ce qu'on peut faire.
Mais j'ai quand même cette aspiration. Chaque fois que je rencontre quelqu'un, c'est que je lui laisse un espace et je me laisse… Moi-même, je découvre, je te laisse un espace pour être qui tu es, et puis je te découvre au fur et à mesure.
C'est ça, pour moi, être avec l'autre à 100%.
[Intervenant 1]
C'est vraiment une question d'espace, d'accueil, d'écoute. Oui, inconditionnel.
[Intervenant 2]
Oui, c'est ça. Pour moi, c'est plus que de l'écoute. Quand je parle d'espace, c'est presque physique, en fait.
Je t'en parle, mais je ressens qu'on laisse vraiment de l'espace à l'autre. Ça se ressent. Et pour moi, c'est tellement guérisseur.
C'est tellement ce qui permet à la vie d'être, à l'autre, de sentir certaines choses qu'il n'avait pas encore senties, de nommer.
[Intervenant 1]
Oui, c'est ça, c'est vraiment l'accueil inconditionnel en offrant à l'autre cet espace et une forme de sécurité pour qu'il puisse être et même pour qu'il puisse partager ce qu'il a à partager, dans le cadre thérapeutique.
[Intervenant 2]
Oui, mais tu vois, le fait qu'on parle, tu vois, finalement, c'est pas moi qui prends soin, que ce soit clair, en fait. Comme tu l'as dit, on est des facilitateurs, donc on permet ça. Mais c'est pas moi qui vais prendre soin d'un autre.
C'est juste impossible. C'est possible peut-être pour la sphère physique, la médecine, tout ça. Mais là, dans les domaines dans lesquels on parle, il y a un moment où prendre soin, en fait, c'est nous-mêmes, en fait, on laisse la vie faire, en fait.
C'est permettre à cet espace d'être et la vie va faire elle-même. Et l'espace, en fait, on le vit ensemble à un certain niveau. Je sais pas si tu me suis quand je dis ça.
[Intervenant 1]
Je te rejoins sur être ensemble et laisser la vie se déployer. La notion d'espace, pour moi, c'est surtout ce que je te rejoins en partie, je pense, c'est l'écoute, l'inconditionnel, le non-jugement, une forme de bienveillance. Pour que l'autre puisse, celui qui est accompagné, puisse se sentir en sécurité et que la séance puisse amener, révéler ce qu'il y a à révéler, à évoquer, à rencontrer, bien sûr.
C'est surtout une histoire de rencontre.
[Intervenant 2]
Oui, mais tu vois, quand je te disais être 100% avec l'autre, tu vois, c'est qu'il y a un moment où on se rend compte qu'on est 100% avec ce qui est, et pour moi, ça se vit dans la séance. C'est peut-être qu'au début, oui, ça va commencer, alors on offre l'espace, on écoute, on ne juge pas, il y a beaucoup de bienveillance, de chaleur humaine. On laisse la personne se déposer, mais il y a un moment, pour moi, ça se passe tout le temps comme ça, où c'est comme si tout ça disparaît, tu vois, il y a vraiment un espace commun qui apparaît et la vie fait vraiment ce qu'elle a à faire.
En fait, là, tu t'aperçois que c'est elle qui est en train de prendre soin, que toi, tu fais rien du tout. Et l'instant, on le vit ensemble, vraiment, même si c'est une personne finalement qui consulte pour des choses qui la concernent personnellement. Mais il y a un moment où ça se vit ensemble et tu découvres que la vie prend soin d'elle même.
[Intervenant 1]
Et par rapport aux échanges qu'on avait eus suite à la publication du podcast, je t'avais témoigné, non, je parlais dans le podcast du corps, tu avais quelque chose à partager, tu avais eu un élan assez fort à partager parce que je ne me souviens plus exactement de la façon dont je le présentais dans le podcast, mais je disais, j'invitais à se retrouver, à se reconnecter au corps pour éviter, je ne sais plus, pour éviter de se laisser prendre, de se laisser attraper par les injonctions.
[Intervenant 2]
Oui, en fait, tu partais de, moi je m'en rappelle, tu partais de l'injonction suivre son intuition qui te plaisait beaucoup et tu disais que revenir au corps, pour toi, c'était la clé.
[Intervenant 1]
C'est ça, c'était par rapport à cette injonction précise de suivre son intuition et là dessus, sur ce que je partageais, toi, tu avais une vision différente, une expérience différente, ok. Et alors ? Vas-y, dis-moi.
[Intervenant 2]
Le corps, on m'avait dit, tu vois, on peut l'appréhender comme un être, ce n'est pas obligatoire, mais en tout cas, on peut le faire et même, je me suis aperçue que même des personnes qui se connectent à leur corps assez facilement, ça peut être très violent justement de leur dire, écoute ton corps, parce que le corps, justement, va être parfois et même souvent le médiateur de quelque chose qui souffre, encore une fois, de quelque chose qui est blessé. Et justement, comme ça, dire mets l'attention sur ton corps, ça peut être violent et j'ai deux choses à te partager là-dessus, j'ai pas que ça.
Mais non seulement ça peut être violent, mais ça peut être comme pour la personne qui vit ça, c'est comme si d'un coup, ce qu'on n'arrive pas à faire dans la psyché, on va dire bon, quelque part, vu que ça a l'air de ne pas marcher là, on va passer par le corps. Alors qu'en fait, il y a besoin d'exactement la même délicatesse et parfois, la solution, c'est pas d'aller dans le corps, c'est de comprendre qu'il y a d'autres pas, beaucoup plus doux pour la personne à effectuer. Et c'est vrai que moi, c'est pas du tout un automatisme que j'ai.
Tu vois, par exemple, le corps, qu'on me dise écoute ton corps ou suis ton intuition, les deux ne veulent rien dire pour moi, parce que je sais que c'est beaucoup plus subtil que ça, l'écoute de soi. C'était ça la première chose dont je voulais te parler. Et la deuxième, qui est un petit peu plus personnelle, c'est que je me suis aperçue qu'écouter son corps, ça pouvait être très compliqué, dans le sens où ton corps, parfois, il peut se contracter pour une émotion joyeuse comme pour une émotion négative.
Il va envoyer exactement le même signal. Et toi, qu'est-ce que tu fais avec ça ? Et voilà, c'est pas si évident que ça.
C'est-à-dire que c'était juste pour te dire que passer de suite ton intuition à le corps, en fait, c'est plus simple. Il est dans le présent, il est sensation et du coup, on accède plus facilement. Pour moi, c'est pas si évident que ça.
[Intervenant 1]
Les deux réactions, c'est intéressant ce que tu partages par rapport aux deux réactions, aux deux espèces de mouvements dans le corps qu'il peut y avoir quand on a quelque chose, entre guillemets, positif ou quelque chose de négatif. Et c'est vrai que ça va me perturber un petit peu le signal. Le corps en lui-même ne suffit pas.
C'est ça que tu dis ?
[Intervenant 2]
Ah oui. Pour moi, vraiment, je le vois comme un être et il a besoin de la même subtilité que la psyché. Et c'est pas une évidence du tout.
Tu vois, même le symbolisme du corps humain, moi je suis pas très fan, parce que ça fige encore une fois. Et pourtant, ça m'intéressait à une époque. Aujourd'hui, je me rends compte qu'on est tellement singulier tous, qu'il faut prendre chaque symptôme comme un nouveau bébé qui vient d'arriver, qui essaie d'arriver à chaque fois, et on lui donne à chaque fois tout le soin dont je parlais au début.
Et toute cette curiosité, cet émerveillement si possible. Et après, on voit ce qui émerge. Mais pour moi, il n'y a pas d'automatisme.
Si l'intuition ne marche pas, le corps oui, non, pas forcément pareil. Et ça peut être une injonction de plus, ça aussi on en avait parlé.
[Intervenant 1]
Le premier point, tu peux me rappeler ce que tu évoquais par rapport au corps ?
[Intervenant 2]
Je disais que même pour des personnes qui étaient très déconnectées à leur corps, ce qui est parfois très violent de passer par le corps, justement, parce qu'elles sont très connectées.
[Intervenant 1]
Oui, et l'inverse aussi, c'est-à-dire des personnes complètement déconnectées, tu leur parles chinois, tu leur demandes de faire quelque chose sur leur corps, de mettre leur attention sur leur corps ou sur leurs sensations. C'est vraiment de l'inconnu à 100%. Et je me souviens, ça je l'avais bien capté quand je faisais des stages de développement personnel.
Il y a une dizaine d'années, il y avait des gens qui avaient fait beaucoup de PNL et qui m'avaient un petit peu ouvert les yeux, notamment une personne qui m'avait ouvert les yeux sur des profils. Alors moi, je ne connais rien à PNL, mais j'ai lu quelques bouquins il y a longtemps, je ne me souviens plus. Mais en gros, tu as des profils qui s'orientaient sensation, auditif, vision, etc.
Et ceux qui ne sont pas kinesthésiques, peut-être, je ne me souviens plus le mot, eux non, ils ne captent pas le monde à travers leur sens physique, à travers leurs ressentis physiques, à travers les ressentis du corps. Donc, c'est vrai que pour ces publics-là, ces êtres-là, c'est complètement en dehors de leur champ de capacités, de ressources, et c'est du chinois. Et par contre, je trouve que ce que tu rajoutes sur l'extrême sensibilité au corps, je trouve que c'est même hyper intéressant.
Parce que d'un côté, il y a des êtres qui ne vont pas être connectés et qui ne peuvent pas, donc il faut aller sur un autre chemin. Et puis, tu as ceux qui le sont trop, et qui n'arrivent pas à démêler tout ce qu'il y a à démêler dans leurs ressentis. Et ça, c'est ultra intéressant.
Moi, j'ai un biais, bien sûr, j'ai le biais de ma vie, de mon parcours, j'ai le biais des gens que j'accompagne, mais combien j'en rencontre qui sont justement dans des extrêmes sensibilités, et qui vont par bienveillance à leur égard, douceur à leur égard, parfois un petit peu s'écarter de ce qui est ressenti, physique, etc. Et peut-être privilégier parfois autre chose. Donc, je n'ai pas d'exemple concret, je m'arrêterai là, parce que je n'ai pas de cas particulier ou d'expérience personnelle particulière.
Mais c'est vrai que il ne faut pas oublier ces êtres-là qui sont peut-être dans des difficultés du fait d'une intense sensibilité, ou d'un intense lien à leur corps, et puis ceux qui sont complètement ignorants de leur corps. Dans les deux cas, il y a une difficulté. Et c'est ça que tu partages ?
[Intervenant 2]
C'est ça que je partage, et ce qui m'intéresse, moi, personnellement, c'est la difficulté. Moi, c'est ça rencontrer pour moi quelqu'un, tu vois. Peut-être mon fif, qu'il soit connecté ou pas, ou ce que le corps dit au fond.
Je veux rencontrer l'autre, donc tu n'y vas pas, j'ai envie de te rencontrer comme ça. Il y a forcément une justesse, et puis parfois tu ressens énormément, et il y a une justesse à ne pas y aller, et pourquoi ? C'est dépasser encore cette histoire d'injonction.
Je reviens là-dessus, mais écoute ton corps, écoute ton intuition. Non, non, t'es comme t'es. Et puis en plus, on est des êtres humains, on bouge tellement toute notre vie.
Un jour, on est à fond dans l'essence, le lendemain, on remonte dans le mental. On fait des allées et venues. Même dire qu'une personne est plus corporelle qu'un tel, au fond, franchement, sur tel et tel sujet, peut-être oui, mais ça ne va pas marcher à chaque fois.
Et ça, pareil, j'en ai l'expérience. Sur certains sujets, le corps est vraiment un allié, mais sur d'autres, pas du tout. Mais ce qui est intéressant, c'est ce que ça dit, toujours.
[Intervenant 1]
Oui, c'est imparable ce que tu dis. C'est imparable. J'essaie d'aller dans le sens inverse, mais je me vois pédaler dans la semoule, parce que c'est vrai qu'on est comme l'eau, on suit le mouvement.
Dans la posture thérapeutique, même dans la vie, on est formé, on intègre ce qu'on prétend incarner et ce à quoi on s'est formé. En étant thérapeute, on n'a pas une étiquette et il se passe autre chose quand on n'est plus en séance. On est toujours dans une forme de sensibilité, de connexion à soi.
Et donc, par rapport à ce que tu viens de témoigner, on accompagne ce qui apparaît, ce qui se présente, ce qui est juste. Et pour autant, d'expérience, mais là, c'est vraiment personnel. Ce n'est pas ce que je témoignerais en étant thérapeute ou en me remémorant, me reconnectant à des séances passées que j'ai pu vivre.
Pour moi, dans mon parcours d'être, il s'est révélé que le corps était un allié et que cet allié était à une certaine distance, à une époque, et que dans mon propre déploiement, encore une fois c'est le mien, c'est totalement subjectif, cette reconnexion au corps, c'est-à-dire une reconnexion, c'est quoi une reconnexion ? C'est ce réaccaparé, je ne sais pas si c'est le mot juste, ne serait-ce que le vocabulaire qui exprime, qui m'aide à exprimer ce que je ressens, qui m'aide à témoigner ce que je ressens. Le verbal, la langue, le vocabulaire.
Parce que le fait de nommer, et même là on pourrait retourner dans la position thérapeutique, le fait de nommer, ça participe à un rapprochement, à une reconnexion, à une attention qui se porte sur un endroit, un espace particulier. Et à titre personnel, à force de thérapie, à force de développement personnel, à force d'écoute, à force de tout ça, de ce chemin qui est encore une fois le mien, je me suis rapproché de mon corps et il a repris une juste place. Il n'a pas repris tout l'espace, il a repris une juste place.
Et en reprenant cette juste place, comme on le dit en maïeusthésie, mais ça m'emmerde presque de parler de maïeusthésie, comme on le dirait finalement un peu pour d'autres choses que la maïeusthésie, le corps a une intelligence à part entière, il a une vie à part entière, il a des mécanismes d'autonomie, il a des réflexes dont on n'a pas besoin de se soucier parce qu'il est dans cette forme de vie, d'intelligence, de survie mais de vie.
Et se rapprocher de cet être, de corps qui est un être, il devient presque comme un allié. Alors là on rentre dans le subtil du subtil du subtil, je ne sais pas trop, mais j'ai constaté que c'est par lui que certaines choses qui peuvent être entre guillemets invisibles ou imperceptibles, disons imperceptibles, c'est par lui que je reçois les informations. Alors c'est difficile d'aller sur ce sujet-là parce que déjà on n'est plus dans le thérapeutique et on se rapproche dangereusement d'un terrain qui pourrait être spirituel.
Alors pourquoi je dis dangereusement ? Parce que la spiritualité c'est un mot compliqué, moi je trouve, et qu'il y a autant de spiritualité qu'il y a d'être humain, il faut être clair. Donc pour moi, le corps étant redevenu un allié, un être, même un confident, même un copain, tout ce que tu voudras, un être proche en tout cas, eh bien il fait son job et en faisant son job il me permet de percevoir des choses que je ne peux pas percevoir avec ma conscience et avec d'autres sens.
Et je pense que c'est pour ça que quand je disais, quand je faisais écho à cette injonction, écoute tes intuitions, c'était un peu comme si je témoignais, comme si je proposais une invitation à se rapprocher de cet être et le laisser faire, le laisser vivre, le laisser faire son job. Et pour aller un petit peu plus loin, je pensais ça, donc je répète, je vais plus loin mais je répète ce que je viens de dire, le laisser faire son job c'est nous permettre de percevoir autrement et même de vivre autrement. Parce que quand on est avec son corps, quand on est en proximité, en bienveillance, en équilibre, en harmonie, en joie avec son corps, quelque chose de plus, c'est comme un sens en plus, c'est comme une ressource en plus.
Et par rapport aux intuitions, mais les intuitions ça a une importance, il me semble, dans le déploiement d'un être humain, dans le déploiement existentiel d'un être humain. Parce que pour moi ça parle de sensibilité, ça parle de conscience et ça parle d'écoute, ça parle de poésie, ça parle de joie, ça parle de légèreté. Avoir des intuitions pour moi ça va avec être sensible à la joie de notre présence.
Quoi d'autre ? Je ne sais pas quoi dire d'autre après cette phrase. La joie, la simple joie de notre présence.
Et juste pour témoigner ça, c'est les intuitions ont leur rôle à jouer et le corps pour moi est un allié qui est irremplaçable. Je te remercie qu'on ait cet échange parce que c'est peut-être, je sens que c'était aussi ça que j'avais à coeur de préciser. Parce qu'un podcast en monologue de dix minutes, c'est un peu tout seul avec toi même, c'est peu vivant et là c'est complètement différent d'être avec toi.
Comment tu entends, comment tu reçois ce que j'essaie d'exprimer, de témoigner par rapport justement à la proximité ou à l'importance d'être proche de son corps et de le retrouver, de le reconnecter et de ce qu'il peut apporter en termes de ressources et d'alliances par rapport à la vie que l'on déploie, à la vie que l'on a ? Comment c'est pour toi ?
[Intervenant 2]
Déjà, ça me touche énormément ta manière de parler de ça. C'est vraiment très touchant, mais je trouve ça très exigeant en même temps. Parce que le corps, pour moi, c'est ce qui nous ramène à l'instant présent, tout de suite, maintenant.
S'il y en a bien un qui est dedans tout le temps, c'est bien lui. Donc pour moi, justement, c'est quand je t'écoutais parler, je me disais, mon dieu, mais le chemin en fait, le chemin pour faire de son corps un véritable allié, pour être avec lui, pour être capable de l'écouter, d'être devenu un être sensitif en fait. Finalement, c'est très exigeant pour moi.
C'est pour ça, justement, qu'en accompagnement, on garde ça à l'esprit et on y va tranquillou. Parce que ça va ramener tout de suite dans le présent, donc ça va mettre en lumière d'autres choses. Et moi, c'est juste à ça que je fais attention en fait.
Mais par contre, je te rejoins sur tout ce que tu dis. Tu sais, pour moi, vu que tu as utilisé le mot spirituel plusieurs fois, moi, je n'ai pas peur de l'utiliser là, mais pour moi, le corps, c'est probablement ce qu'il y a de plus spirituel. Quand t'en parlais, j'avais des frissons en fait.
L'incarnation, c'est ici, maintenant, c'est avec lui. C'est lui pour moi. Et les gens qui ont formulé les injonctions dont tu parles, je sais bien à partir de quel espace ils parlaient et ils parlaient de ça.
Mais ça a été récupéré comme des injonctions. Justement, si on sort un peu des injonctions, c'est pour amener progressivement à ça.
[Intervenant 1]
C'est chouette aussi d'entendre ce que tu partages, c'est le corps qui a fait du bien de ce rappel-là. Et c'est pour ça que j'apprécie particulièrement cette connexion que l'on peut découvrir, ou redécouvrir au corps, parce que justement, il est celui qui permet de retrouver le présent. Parce que lui, il y est, il y est déjà.
C'est comme si le corps, c'était un être qui est déjà à un endroit et qui nous dit « mais bon sang, t'es où ? Rejoins-moi, vas-y, c'est pas si mal ici. » Ici, c'est l'instant présent.
Et pour certains êtres qui sont dans la pensée, dans les projections, dans le faux temps, dans le temps, ce que j'appelle le temps mental, le corps est, encore une fois, un allié, un allié, une sacrée ressource pour se reconnecter au présent, à l'ici et au maintenant. Ici, dans mon corps, avec mes ressentis maintenant, maintenant. Et d'un autre côté, c'est vrai que ce n'est pas le chemin de tous les êtres.
J'ai l'impression que c'est le chemin quand même de beaucoup d'êtres, d'être dans leur corps et de faire soit un travail, soit un chemin vers leur corps. Je pense aux hommes qui font du sport, je pense aux femmes qui font aussi du sport, aux femmes qui donnent la vie. J'ai l'impression qu'il y a tellement d'invitations dans notre chemin, dans nos vies, quel que soit notre genre, à le rencontrer.
On peut dire non, mais même pour quelqu'un qui ne serait pas connecté, j'ai cette impression-là, que les invitations peuvent quand même être fréquentes. Mais ça peut potentiellement rester exigeant. Je ne le perce pas trop comme ça.
Pourquoi tu emploies ce mot-là ? C'est par rapport au parcours à faire, c'est par rapport à ce que ça implique d'efforts, de ressources ou d'énergie. C'est quoi qui est exigeant pour toi ?
[Intervenant 2]
Le clivage à son propre corps, pour moi, c'est un clivage à plein de corps. Ce n'est pas forcément que le nôtre. Je sais que ça peut paraître un peu perché, ce que je dis, mais je te dis vraiment ce que je ressens.
Ça peut emmener très loin le corps. Si on s'y connecte vraiment, il est tellement porteur de mémoire, on ne sait même pas d'où, on ne sait même pas vraiment comment, qu'il y est vraiment pleinement ici maintenant. En tout cas, pour moi, je te parle aussi de ce qui est très personnel.
Là, c'est un sacré chemin.
[Intervenant 1]
C'est le chemin de toutes nos vies. Comment dire ? Ce qui me vient, c'est que notre corps vient du Big Bang.
Ce n'est pas un truc que j'ai envie de lâcher comme ça facilement. Mais après tout, ce qui nous compose, ça vient d'où ? En tout cas, peu importe que le Big Bang ait eu lieu ou pas, chaque partie de notre corps existait avant d'être réunie.
Chaque atome, chaque molécule, etc. Quand tu parles de ces mémoires…
[Intervenant 2]
Toi, tu l'as bien dit, j'ai bien aimé comment tu l'as formulé. C'est exactement ça. C'est que le corps, il est tellement plus vaste que ce qu'on voit.
C'est pour ça que je parle d'exigence. Parce que je sais que ça peut aller très très long. Pour moi, c'est sur un temps infini quasiment.
Le corps. Et comment, en tant qu'être humain, tu te connectes à un corps qui semble fini dans l'ici et maintenant, et qui en réalité t'emmène toujours vers une infinitude. On ne va pas ouvrir tout ça là, mais c'est ça.
C'est pour ça que moi, le corps, je dis attention. Ce n'est pas attention, mais ce n'est pas forcément chose aisée. Surtout quand après, je reviens à quelque chose de plus…
à taille un peu plus humaine, on va dire. Surtout pour les personnes qui ont des histoires vraiment traumatisantes avec leur corps. Et les clivages…
Là, c'est clivage sur clivage. Ça va prendre beaucoup de temps et ça va demander beaucoup de soin. Oui, bien sûr.
Mais pour moi, c'est ce soin qui va permettre progressivement d'accéder, par exemple, à la connexion que tu vis, toi, et qui est si précieuse. Pour moi, c'est tout, franchement.
[Intervenant 1]
Oui, on revient à cette posture, ou cet élan de délicatesse, de soin, de non-jugement, à l'égard des êtres qu'on rencontre. Déjà, des êtres que l'on est soi-même, et puis des êtres qu'on rencontre en séance ou dans la vie, et le corps en est un. Le corps en fait partie de ces êtres.
[Intervenant 2]
Tellement. Vraiment. C'est très important.
Et juste, je rajoute quelque chose par rapport aux injonctions que je voulais partager aussi. Pourquoi c'est violent, aussi, les injonctions ? Il n'y a rien de plus violent, pour moi, que de parler justement à partir d'un espace d'unité, entre guillemets, à quelqu'un qui n'y est pas.
Et pour moi, on s'arrête là. J'espère qu'un jour, franchement, on évoluera et on arrêtera de faire ça. Parce que ça ne sert à rien, et en plus, c'est violent.
Et l'accompagnement, il est là pour ça. C'est pour simplement accompagner l'autre sur son chemin, à découvrir ce qu'il a à découvrir. Mais on n'a rien de plus à faire.
[Intervenant 1]
Les injonctions, j'avais noté CNV, communication non-violente, parce que finalement, même si on ne parle pas de CNV, quand quelqu'un exprime quelque chose qui peut ressembler à une injonction, qu'est-ce qu'il dit de lui ? Qu'est-ce qu'il appelle ? Qu'est-ce qu'il exprime ?
Encore une fois, c'est rejoindre un être, si on en a les ressources, l'envie, si on fait le choix, pour écouter, au-delà des mots, ce qu'il dit, ce qu'il exprime.
[Intervenant 2]
Oui, c'est ça. Mais tu es d'accord avec moi que quand tu accompagnes quelqu'un, il n'a pas à chercher à aller plus loin que quoi que ce soit ? C'est toi qui le fais, ça ?
[Intervenant 1]
Oui. Ça m'invite à une réflexion, ce que tu dis.
[Intervenant 2]
D'accord.
[Intervenant 1]
Pourquoi ? Parce que d'un côté, comme je l'ai dit, et moi c'est ce que je dis régulièrement, on est des facilitateurs. Oui.
On est là pour accompagner un mouvement qui est déjà en cours, et un déploiement qui est déjà en cours. Ceci dit, en séance, et même dans la vie, quand on est à un endroit, et qu'on dit tu vois, là c'est bien, l'eau est chaude, c'est agréable, il y a de l'eau, il ne fait pas trop chaud, quand on est à un endroit qui paraît être la légèreté, la joie, ou peu importe, je n'ai pas les mots, il n'y aura pas de bon particulier pour décrire un endroit particulier, mais en étant à cet endroit-là, on peut être tenté, quelqu'un pourrait être tenté de nous rejoindre. Et dans une posture myostasique, alors là, je ne me suis jamais trop posé la question, mais je n'écarterai pas que s'il voit que là où on essaie pas mal, qu'il y vienne, qu'il en a envie. Je n'ai pas d'exemple à te donner, je ne me souviens plus de stage ou quoi, mais effectivement, c'est un peu les deux, c'est-à-dire que on ne forcera évidemment jamais personne à nous rejoindre sur une croyance, ou sur une conviction, ou quoi que ce soit, ou un endroit particulier, mais par contre, on a un endroit nous-mêmes, encore une fois en séance, mais en théorie aussi, en dehors des séances dans notre vie, que ça peut être soit facilitant, soit stimulant pour l'autre, de faire un chemin. Mais il n'a pas à le faire, parce que nous, on ne le lui demande pas. Et c'est peut-être même nous qui viendrons le rejoindre finalement, là où il est.
Mais peut-être, il y a un peu cette image qui me vient, qu'on le rejoint là où il est, mais on ne le quitte pas sans quitter l'endroit où on est nous-mêmes. Alors pour le coup, j'ai l'impression d'avoir une pensée holographique, j'ai l'image d'un hologramme qui se présente, mais c'est comme si on était un peu à deux endroits à la fois. On a un endroit qui est plutôt cool sous les cocotiers, c'est la plage et tout va bien, et en même temps, on est à un autre endroit qui est un mouvement, qui est un déplacement où on va rencontrer l'autre.
Parce qu'on a vraiment cette joie de la rencontre. Elle n'est pas superficielle, cette joie-là. Et pour moi, tu vois, la joie, c'est l'ingrédient fondamental de la posture myosthésique, mais c'est aussi l'ingrédient fondamental de la posture d'être humain.
Mais comment toi, tu perçois ce que je te partage, c'est-à-dire qu'on ne demande pas à l'autre de nous rejoindre, mais que parfois l'autre peut être tenté, parce que finalement, on peut paraître tellement bien pour l'autre d'être là où on est. C'est plutôt tellement cool, ça peut paraître tellement cool. Et qu'en même temps, on ne le force pas, et on ne lui demande même pas, et même dans le non-verbal, et même, il n'y a pas de sous-entendu.
[Intervenant 2]
Je vois de quoi tu parles, mais pour moi, ce n'est pas l'image que j'ai. Il ne peut pas, de toute façon, me rejoindre où je suis, parce que ça jaillit en lui, et parce que c'est lui aussi. C'est pour ça que le chemin m'émerveiller, laisser l'autre là où il est, l'accompagner, toujours dans la pertinence.
J'ai tellement confiance dans le fait que de toute façon, la vie qui est chez moi, c'est exactement la même chez lui, parce qu'on est ensemble, et qu'il y a un moment où ça va jaillir, il y a un moment où il va ressentir, et ça vient de l'intérieur. Donc c'est terminé, c'est de l'expérience. Il l'a faite, et il sait de quoi je parle, il sait où je suis.
Moi, je vois les choses comme ça.
[Intervenant 1]
Je les vis comme ça, en tout cas.
[Intervenant 2]
Je les vis vraiment comme ça.
[Intervenant 1]
Est-ce que tu es en train de dire que tu en reviens un petit peu à ce déploiement qui est toujours à l'œuvre, et qui à un moment donné, de toute façon, portera ses fruits ? Les graines finiront bien par germer ? Oui.
[Intervenant 2]
Toujours, toujours, toujours. Et si je peux faciliter ça, pour reprendre le mot que tu as employé, et si je peux y mettre un peu plus de délicatesse, de douceur, carrément, en fait. Je suis là pour ça aussi.
On est là pour ça aussi. Mais pertinence à l'œuvre, ça se déploie tout le temps, ça ne s'arrête jamais, de toute façon. La vie, c'est que c'est du déploiement partout, c'est de l'éclosion en permanence.
Donc j'ai tellement confiance en ça que je sais que ça va arriver. Et donc c'est pour ça que, pour moi, on ne me rejoint nulle part. Je ne sais même pas si ça donne envie.
Après, si ça donne envie, tant mieux. Mais ça, je ne m'en préoccupe pas du tout. Oui.
[Intervenant 1]
Oui, il ne faut pas que ça devienne une préoccupation, ça c'est clair. Parce que sinon, on devient… on se prend pour quelqu'un, on devient…
Je ne veux pas dire gourou, parce que c'est un très beau mot, mon gourou. Au départ. Mais en tout cas, on devient ce qu'on n'a pas à devenir quand on…
Comment il s'appelle, ce bouquin que je recommande ? A mi-chemin du sommet, tu vois. On est à mi-chemin du sommet et on croit qu'on est déjà au sommet.
Bon. Eh bien, écoute, ça fait trois quarts d'heure, plus trois quarts d'heure.
[Intervenant 2]
Ah oui, d'accord.
[Intervenant 1]
Et le temps passe très très vite. Je ne sais pas trop comment conclure. En tout cas, moi, je te remercie d'avoir participé, d'être venue pour échanger.
Et puis…
[Intervenant 2]
Moi aussi, je te remercie.
[Intervenant 1]
J'espère qu'on aura l'occasion, peut-être dans les mois qui viennent ou l'année prochaine, en début d'année prochaine, peut-être de retrouver une thématique et d'avoir à nouveau un échange sur quelque chose qu'on n'aura pas abordé aujourd'hui. Ça serait chouette. Et puis d'ici là, merci à toutes et à tous pour votre attention.
J'espère que ce premier épisode avec une invitée vous aura plu. Comme d'habitude, n'hésitez pas à m'écrire si vous avez un partage ou à me laisser un message sur WhatsApp si vous avez un élan particulier à partager quelque chose ou à m'écrire via mon site web. J'essaie de maintenir le rythme des publications à une par semaine du podcast.
Et voilà, j'ai plein d'idées et plein de surprises à venir. Merci beaucoup. Merci à toi, Nesrine, et à très bientôt.
[Intervenant 2]
À bientôt et merci à tous.