Au-delà des injonctions : accompagner sans imposer

Être avec l’autre sans lui dire où aller
Être avec l’autre sans lui dire où aller

Certaines phrases sont devenues presque familières dans les univers du développement personnel ou de la spiritualité : « écoute ton corps », « suis ton intuition », « ouvre ton cœur », « accueille ce qui est ». C’est d’ailleurs ce qui m’avait motivé à enregistrer l’épisode 4 du podcast « Présence à Soi ». Certes, elles peuvent correspondre à des tentatives de connexion profondément justes. Pourtant, elles peuvent aussi devenir difficiles à recevoir lorsqu’elles prennent, même involontairement, la forme d’une direction, ou pire d’un conseil donnée à l’autre.

C’est autour de cette question que s’est construit un échange récent avec Nesrine, praticienne en maïeusthésie : comment accompagner un être sans lui indiquer l’endroit où il devrait aller ?

Au début de notre conversation, je propose spontanément une alternative : remplacer l’injonction par l’invitation. Dès lors la question n’est peut-être plus seulement de modifier les mots employés. Elle devient celle de la posture depuis laquelle nous nous adressons à l’autre. Que faisons-nous lorsque nous accompagnons quelqu’un ? Tentons-nous de l’amener vers quelque chose que nous connaissons déjà ? Ou pouvons-nous véritablement le rencontrer là où il se trouve ?


Laisser de l’espace


Une expression revient plusieurs fois dans notre échange : laisser de l’espace. Nesrine décrit ainsi ce que signifie pour elle être pleinement avec quelqu’un : « Je te laisse un espace pour être qui tu es, et puis je te découvre au fur et à mesure. » Il ne s’agit donc pas seulement d’écouter au sens habituel du terme. Il s’agit d’un espace d’accueil, de non-jugement, de présence et de sécurité dans lequel quelque chose peut éventuellement apparaître. Cette manière d’envisager l’accompagnement rejoint une idée qui m’est chère : celle du praticien comme facilitateur. Nous ne créons pas nécessairement le mouvement. Mais nous pouvons contribuer à le rendre plus doux, plus fluide ou simplement plus facile à explorer.


« Écoute ton corps » : une évidence ?


Pour moi, le corps est devenu au fil de mon parcours un allié précieux. Il m’aide notamment à retrouver le présent et à percevoir certaines choses autrement. Mais il faudra considérer une nuance essentielle : dire à quelqu’un « écoute ton corps » peut parfois être beaucoup moins simple qu’il n’y paraît. En effet, le corps peut être le lieu où se manifeste quelque chose de douloureux. Il peut être difficile à sentir, ou au contraire extrêmement présent, ou envoyer des sensations qu’il n’est pas évident d’interpréter etc. Dès lors la solution ne consisterait pas nécessairement à quitter le mental pour revenir systématiquement au corps. Là encore, la singularité de l’être rencontré compte davantage que la méthode.


Le corps comme allié, mais pas comme nouvelle règle


Cette nuance ne signifie pas que le corps n’a pas sa place. Je témoigne au contraire de la relation que j’ai progressivement construite avec lui. Il est devenu pour moi un allié, une ressource et parfois presque un interlocuteur. Le corps, c’est probablement ce qu’il y a de plus spirituel. Il est déjà dans le présent. Il nous ramène à l’incarnation, à l’ici et maintenant. Mais reconnaître cette richesse ne signifie pas en faire une nouvelle norme. Ce qui m’aa aidé dans mon parcours ne constitue pas nécessairement le chemin d’un autre être.


Accompagner ce qui est déjà en mouvement

Souvent, nous revenons à cette idée essentielle : nous sommes peut-être moins là pour provoquer un déploiement que pour accompagner celui qui est déjà à l’œuvre. C’est un endroit où nos sensibilités se rejoignent. L’autre n’a pas à atteindre notre expérience. Il n’a pas à nous rejoindre là où nous pensons être. Quelque chose peut émerger de l’intérieur, selon son rythme et son propre chemin. Nesrine exprime une confiance très forte dans ce mouvement : « La vie, c’est du déploiement partout, c’est de l’éclosion en permanence. » Cette confiance change profondément la posture. Si quelque chose est déjà à l’œuvre, il devient moins nécessaire de pousser, convaincre ou orienter. Il reste la présence, la délicatesse et bien entendu, la joie de la rencontre.

Finalement, le corps peut être un chemin et l’intuition peut être une ressource. Une invitation peut ouvrir quelque chose. Mais rien de cela n’a besoin de devenir obligatoire. Peut-être est-ce là que commence véritablement l’accompagnement : ne pas demander à l’autre d’être ailleurs que là où il est.