
C’est grâce à notre corps qu’on fait l’expérience de la vie.
Résumé
Nous parlons souvent de « notre corps » comme de quelque chose que nous possédons, que nous devons entretenir, soigner, rendre performant ou conforme à certaines attentes. Dans cet épisode, Emmanuel explore une autre manière d’entrer en relation avec lui : le considérer non plus seulement comme un objet ou une mécanique, mais comme un être à part entière.
À partir de son parcours thérapeutique et spirituel, il évoque la possibilité d’écouter les sensations corporelles et de reconnaître ce qu’elles peuvent parfois nous révéler, tout en se méfiant de la tentation de vouloir donner un sens à chaque douleur ou manifestation physique.
Une réflexion qui invite aussi à reconnaître tout ce que le corps rend possible, à travers le temps, ses transformations et ses limites, sans exiger de lui qu’il corresponde toujours à nos attentes.
Points clés
- Notre relation au corps peut évoluer lorsque nous cessons de le considérer uniquement comme quelque chose que nous possédons.
- Une sensation corporelle peut parfois ouvrir un accès à un vécu, une émotion ou quelque chose que la pensée ne formule pas.
- Écouter le corps ne signifie pas chercher systématiquement une signification à chaque douleur ou symptôme.
- L’attention portée au corps peut devenir une forme de surveillance lorsque nous cherchons constamment à interpréter ce qu’il manifeste.
- Le corps nous permet de percevoir le monde et de faire l’expérience concrète de la vie.
- Reconnaître sa présence et ce qu’il rend encore possible peut coexister avec les difficultés, les limitations ou l’insatisfaction que nous pouvons éprouver envers lui.
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Mesdames et messieurs bonjour, bienvenue dans ce nouvel épisode de présence à soi. Aujourd'hui, un épisode sur le corps suite à la demande d'une auditrice. Voilà, donc quand j'ai reçu cette demande, je me suis dit bon, qu'est-ce que je peux dire sur le corps ? Et quand je repense à, je sais ce podcast et cet enregistrement, je me souviens, j'ai un souvenir par rapport au corps, mais c'est pas un souvenir physique, c'est pas un souvenir du corps, c'est un souvenir un peu intellectuel.
Mais il y a plus de 20 ans, il y a bien 20 ans, même plus, je me souviens d'une conférence sur le pendule dans le sud-ouest de la France à laquelle j'avais assisté. Il y avait deux choses qui m'avaient interpellé. La première, c'était deux hommes qui présentaient cette conférence.
L'un était ingénieur pilote, il avait aussi un poste à responsabilité dans l'administration publique. Et j'avais déjà trouvé très étonnant que deux personnes a priori très rationnelles, voire avec des cursus techniques, fassent une conférence sur le pendule, ô combien pratique, en apparence ô combien ésotérique. Donc ça, c'était le premier point.
Mais le deuxième point, en fait, c'est que la première chose qui avait été partagée à cette conférence, c'était que le pendule était considéré comme une aiguille et le corps comme l'instrument qui mesure. Et je crois que c'est à partir de ce jour-là que cette idée du corps qui n'est pas qu'un objet a germé en moi. En tout cas, la graine a été germée, a été plantée particulièrement ce jour-là.
Et voilà, elle fera son chemin plus tard. Alors, ce que j'ai partagé aujourd'hui sur le corps, c'est simplement donc ma propre rencontre avec le corps. Et en fait, cette rencontre s'est faite principalement de deux manières.
Ce n'est pas très original, mais disons que d'abord, d'une façon, cette rencontre s'est faite dans mon parcours thérapeutique, avec évidemment la maïeusthésie à laquelle je me suis formé, cette approche qu'on appelle la maïeusthésie, et parallèlement aussi à travers mon cheminement spirituel. Donc, il y a un petit peu ces deux axes ou ces deux facettes, mais qui sont en réalité les deux facettes d'une même pièce. Et donc, ces deux approches, elles ont beaucoup changé quelque chose d'assez fondamental pour moi.
C'est-à-dire qu'elles m'ont permis de ne plus considérer le corps comme quelque chose que je possède, mais plutôt comme quelque chose ou plutôt quelqu'un avec lequel je vis. Et on dit, par exemple, de façon naturelle, on dit mon corps, comme si on pouvait dire ma voiture, ma maison, mon téléphone. Bon, voilà, c'est ok, c'est une manière de parler, une manière pratique de parler.
Elles disent aussi, peut-être aussi, quelque chose d'autre de notre manière de nous percevoir, comme s'il y avait moi, moi conscience, moi individu, et puis mon corps. Un truc qui m'accompagne, un objet qui m'accompagne, un véhicule, au mieux, que je dois nourrir, que je dois entretenir, soigner, etc. Et donc, un objet également que je peux regarder dans un miroir et évaluer.
Est-ce qu'il me plaît ? Est-ce que je suis suffisamment mince ? Est-ce que je corresponds aux standards de mon époque sur le plan physique, etc. Et donc, finalement, il y a une grande partie de notre relation au corps qui est assez utilitaire. Fonctionner, être performant, être esthétique, obéir, et j'en passe.
Et quand il ne correspond plus à ce qu'on attend de lui, ou à ce qu'on projette de lui, il y a quelque chose qui peut devenir très conflictuel, une très grande source de souffrance qui peut durer des années, des décennies. Et dans ma rencontre avec la psychothérapie, moi en fait j'ai découvert qu'il y a une autre manière de considérer le corps, qui est en fait très simple, une manière où le corps peut être rencontré, une manière où le corps peut être considéré comme un être à part entière. C'est vraiment ça que je retiens, c'est que le corps peut être considéré comme un être à part entière.
Alors, ça peut sembler étrange lorsqu'on l'entend pour la première fois, cette idée, ce concept, peu importe. Parce qu'on a plutôt l'habitude de considérer le corps comme une mécanique, sophistiquée, chimique, biologique, et tout ça, souvent c'est mystérieux, ça nous échappe. Alors évidemment, il y a des choses qui, dans notre fonctionnement, dans cette complexité, ça peut, je comprends que ça puisse être mystérieux et nous échapper.
Mais sur le plan de l'accompagnement thérapeutique, on peut aussi rentrer dans une relation différente avec lui, comme je vous disais, celle d'un être. Donc, ne plus le considérer seulement comme un truc qui fonctionne, mais comme un allié, comme un partenaire. Mais moi, j'aime bien dire comme un être à part entière.
Après, allié, partenaire, c'est déjà très connoté. Et quand on considère le corps comme un être à part entière, il y a comme une manière de l'accueillir, qui va évoluer, d'accueillir notre corps, d'accueillir nos sensations. Par exemple, lorsqu'une sensation apparaît quelque part dans le corps, on peut se demander qu'est-ce qui se passe, on met notre attention dessus.
On ne cherche pas automatiquement à vouloir supprimer, surtout si elle est désagréable, mais plutôt à aller la rencontrer. On met notre conscience, notre attention à un endroit et éventuellement, on met des mots pour aller reconnaître, aller rencontrer ce qui est vécu par le corps. Parce que parfois, une sensation corporelle permet d'accéder à quelque chose que notre pensée ne va pas pouvoir formuler.
Ça peut être un vécu, ça peut être une émotion, ça peut être un souvenir, ça peut être plein de choses. Mais en tout cas, quelque chose qui demande juste à être entendu et à être reconnu. Donc dans ce sens, le corps peut devenir un allié vraiment infaillible.
Ça peut vraiment devenir un allié du chemin thérapeutique et du chemin spirituel aussi. Parce qu'il peut nous conduire là où la pensée, l'intellect, le rationnel, ils ne savent pas, ils ne savent pas comment y aller. Donc à partir du moment où on découvre que certaines manifestations physiques peuvent ouvrir une porte vers quelque chose de soi, il y a un chemin à explorer, quelque chose à explorer.
Mais il y a quand même, malgré tout, cette tentation qui peut apparaître. C'est de chercher du sens partout. J'en ai déjà parlé dans des podcasts précédents, mais je le redis.
Pourquoi est-ce que j'ai mal ici ? Qu'est-ce que c'est que cette douleur ? Pourquoi je me suis coupé ? Pourquoi j'ai mon ventre qui réagit ? Et cette manière de faire, elle peut très vite devenir une forme de contrôle. Moi j'appelle ça la tyrannie du pourquoi. C'est comme si on était dans une relation de contrôle du corps et puis tout d'un coup on passe au contrôle de l'interprétation du corps.
Chaque sensation devrait signifier quelque chose, chaque douleur devrait raconter un truc, chaque symptôme contenir un enseignement ou ouvrir une piste. Bon, on n'a pas toujours besoin d'aller jusque là. Le corps, il est aussi un organisme vivant.
Il a sa propre histoire, sa propre physiologie, ses propres fonctionnements, ses propres équilibres, il a sa vie. Il peut être fatigué parce qu'il est fatigué. Il peut avoir mal parce qu'il est blessé.
Il peut tomber malade parce que c'est comme ça, les organismes vivants, ça tombe malade. Il n'y a pas forcément toujours un symbole à trouver ou un sens à trouver. Parce que, je le redis, dans certaines approches thérapeutiques, spirituelles, on peut finir par devenir hyper attentif à soi-même et puis être dans une hyper observation.
Qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi cette sensation, cette énergie ? Voilà, donc cette attention qui était au départ à une ouverture, ça peut venir progressivement comme une surveillance. Et donc, je trouve que c'est quand même utile de cultiver une forme de confiance qui dit simplement, voilà, je laisse mon corps vivre ce qu'il a à vivre. À ne pas lui demander en permanence de m'enseigner quelque chose, à ne pas lui demander en permanence d'être mon guide ou d'être un repère.
En fait, juste à ne pas lui demander d'être autre chose que ce qu'il est à cet instant. Et puis, il y a, comme je le disais, un peu comme cette deuxième facette, une deuxième dimension de la relation au corps qui est une dimension plus spirituelle. Notre corps a aussi une forme d'intelligence, une intelligence directe, une intelligence omnisciente.
Le corps sait avant nous, en tout cas il sait beaucoup de choses avant nous, ça c'est certain. Donc, quand on entre quelque part, un truc se détend, on rencontre quelqu'un, il y a quelque chose qui se ferme ou qui s'ouvre, une situation qui semble parfaitement logique intellectuellement, et puis il y a une partie de nous qui ressent immédiatement que quelque chose ne va pas. Ou alors l'inverse, on est incapable d'expliquer pourquoi, mais il y a quelque chose en nous qui fait qu'on peut avancer, que les choses sont fluides, que nos ressentis sont positifs.
Et cette intelligence, elle est parfois très très subtile. Et le problème c'est qu'elle parle beaucoup moins fort que nos pensées. Notre mental, lui, il fait beaucoup de bruit, il analyse, il commente, il imagine ce qui va se passer, il se rappelle du passé, il invente des histoires, des scénarios.
Alors que le corps, lui, il peut produire des très légères sensations, une détente imperceptible, une contraction imperceptible, un mouvement intérieur, quelque chose en nous qui est léger. Et si on est constamment occupé à penser, on passe à côté. On passe à côté du fait qu'il existe en nous des formes de perception plus fines, plus subtiles que la seule pensée rationnelle, que la seule pensée analytique.
Donc avoir un corps en soi, c'est quelque chose d'extraordinaire. Ça peut sembler banal de le dire, parce qu'on est né avec, on vit avec, on se réveille avec lui tous les matins, voilà, il est là toute la journée. Donc évidemment, on finit par s'y habituer.
Mais les choses les plus simples, c'est vraiment celles qui sont les plus puissantes, mais sont trop simples. Et donc le mental ne se fixe pas là-dessus, alors que c'est si important. On oublie qu'on peut voir, on oublie qu'on peut toucher, on oublie qu'on peut sentir la chaleur du soleil sur notre peau, on oublie la sensation que c'est de boire, on oublie le miracle qu'écouter de la musique.
Pouvoir regarder, pouvoir marcher, pouvoir courir, pouvoir respirer, pouvoir vivre. C'est grâce à ce corps qu'on fait l'expérience de la vie. C'est grâce à lui que le monde devient perceptible à chaque instant, d'instant en instant en instant.
Et même j'irais plus loin, je dirais que c'est d'une certaine manière grâce à lui qu'on peut se rencontrer nous-mêmes. Sans notre corps, difficile de vivre une vie incarnée, une vie humaine, et donc de nous rencontrer à travers nos explorations, à travers nos expériences. Je ne veux surtout pas réduire les souffrances liées à l'image, liées aux maladies, liées aux problématiques intenses, aux souffrances intenses que peut connaître le corps.
Et il ne suffit pas d'être reconnaissant. Ce n'est pas aussi automatique que ça, ça serait trop simple. Mais je crois vraiment qu'il y a une autre perspective qui peut coexister avec la souffrance, vraiment.
Je peux ne pas aimer une partie de mon corps, oui, et en même temps reconnaître que ce corps me permet de vivre. Je peux être contrarié par son apparence, même plus que contrarié, et quand même ressentir de la gratitude envers lui. Je peux souffrir de mes limitations, de mes problématiques, mais sans forcément le réduire, ou en tout cas réduire toute ma relation avec lui, avec mon corps, à cette limitation, à ces limitations.
Les deux peuvent coexister ensemble. Et ça, ça me semble particulièrement important parce que le corps, il va de toute façon, au fur et à mesure, ne plus correspondre à nos attentes, ne plus correspondre à nos projections. Parce que ce contrat un peu comme implicite qu'on passe avec lui, ce contrat qui dit je t'aime tant que tu fonctionnes bien, je t'aime tant que tu me fais pas souffrir, je t'aime tant que tu restes jeune, ça ne dure pas.
Le corps, lui, il ne peut pas respecter ce contrat. Il change à chaque instant. Et ces changements, ils sont particulièrement perceptibles avec le temps qui passe.
Il va vieillir, il va perdre ses capacités, et puis un jour, il deviendra plus fragile. Et donc, notre relation avec lui va progressivement, automatiquement, obligatoirement devenir autre chose. Pas simplement une relation avec un corps performant, ça c'est clair, mais une relation, je reviens à ça, avec un être qui nous accompagne.
Donc, j'ai envie de dire, avec un sacré compagnon présent depuis le début. Lui, il était là lorsqu'on était enfant. Il a grandi avec nous, il a traversé tous les événements, toutes les expériences de notre vie, de notre existence.
Il a connu nos joies, nos peurs, nos pertes, nos amours, nos difficultés, nos succès, nos échecs. Il a connu toutes les fois où on s'est planté en vélo, où on s'est cassé la figure en vélo. Voilà, il nous accompagne encore aujourd'hui.
Souvent, quand je pense à la gratitude d'être un être, d'avoir cette vie, d'avoir un corps, de pouvoir vivre cette vie, même si parfois c'est très dur, souvent je me dis, à chaque battement de coeur, c'est comme si cette gratitude était permanente, et c'est à chaque battement de coeur. Je ne me souviens plus combien de fois bat notre coeur dans une journée, mais c'est plus de 40 000 fois, je crois, 40 000 ou 50 000 fois. Donc, c'est comme si on devait dire, on ne le fait pas, mais c'est comme si c'était 40 000 merci d'être là, d'exister, d'être incarné.
Ce que je veux dire, c'est qu'il y a pour moi, peut-être là, une invitation très simple. Ce n'est pas forcément aimer immédiatement son corps, ou aimer son corps, mais juste être simplement avec lui. Commencer à le regarder autrement.
Ça peut être mettre notre attention sur une sensation, poser notre main sur un endroit, du corps sur notre poitrine, sur le bras, et peut-être juste dire tu es là, merci tu es là. Pas besoin de provoquer une émotion particulière, pas besoin de ressentir de l'amour, pas besoin de quoi que ce soit de magique, non, simplement reconnaître, reconnaître sa présence. Je pense que c'est, quand on part à la rencontre de notre corps, c'est pour moi un des gestes, peut-être le premier, j'en sais rien, mais un geste simple, reconnaître qu'il est là.
Et ce mouvement de conscience, le prolonger avec un mouvement physique, quand je dis poser la main, voilà, c'est un mouvement intérieur de conscience et un mouvement manifeste. Et puis après, se rappeler de tout ce qui nous permet. De se rappeler, mais au sens convoqué.
J'aime beaucoup ce mot. David Chussi, un de mes guides, qui m'a appris ce mot, c'est convoquer, se reconnecter, mais c'est vraiment convoquer, se rappeler de tout ce qui nous permet. Aujourd'hui, maintenant, même si c'est imparfait, entendre une voix, boire un café, prendre quelqu'un qu'on aime dans nos bras, sentir l'air quand on respire dans nos poumons, et si certaines de ces capacités ne sont plus là, c'est un sacré mouvement à opérer.
Mais ne pas rester sur les regrets, mais plutôt renforcer, convoquer et renforcer notre gratitude et notre joie à toutes celles qui sont encore là, encore présentes. Et je trouve qu'il existe quelque chose de profondément spirituel dans cette simplicité. C'est pas forcément dans le fait d'avoir des expériences extraordinaires avec le corps, mais c'est le fait de réaliser l'extraordinaire de tout ce qui semblait ordinaire.
Je suis là, j'ai un corps, et grâce à lui, pendant des décennies, je peux faire l'expérience de cette aventure, qu'on pourrait qualifier de bien des adjectifs, une aventure humaine, le fait d'être vivant. Tu es là, merci. On n'a peut-être pas besoin d'en faire davantage.
On le laisse vivre, on le soigne quand il en a besoin, on l'écoute quand il semble appeler notre attention, on le laisse tranquille lorsqu'il n'a rien à nous dire. Et puis surtout, peut-être on peut progressivement cesser de conditionner toute notre tendresse envers lui au fait qu'il soit exactement comme nous voudrions qu'il soit. Voilà, notre corps, il n'a pas besoin d'être parfait, il n'a pas besoin d'être jeune ou esthétique, performant pour mériter notre attention.
Il est simplement ce compagnon vivant, cet être à part entière grâce auquel cette expérience humaine que l'on vit là maintenant est possible. Donc voilà pour ces quelques mots, ces quelques partages autour du corps. N'hésitez pas à me faire part de votre propre expérience, j'en serais très très très heureux.
Comme d'habitude, email, réseaux sociaux, peu importe. Et ça pourrait peut-être, qui sait, nourrir d'autres d'autres sujets à venir sur d'autres podcasts. Voilà, donc n'hésitez pas avec vos retours et je vous dis à très bientôt.
Merci beaucoup pour votre écoute.