Présence à Soi - Le podcast
Présence à Soi
Notre chemin consiste-t-il à devenir une version supérieure ?
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C’est en se rapprochant le plus possible de notre personnalité et de notre condition humaine que l’on va vers quelque chose que l’on pourrait appeler le soi, la présence, l’éveil, la lumière.

Résumé

Que signifie réellement cheminer intérieurement ? S’agit-il de devenir une version supérieure de soi, de dépasser certaines parts de notre humanité ou de nous débarrasser de ce qui nous dérange en nous ?

À partir de la question d’une auditrice, Emmanuel explore une autre manière d’envisager le travail spirituel et thérapeutique. Plutôt qu’une progression vers une version « meilleure » de nous-mêmes, il évoque un mouvement vers quelque chose de plus complet, de plus conscient et peut-être de plus libre.

Cette réflexion l’amène à interroger notre rapport à la peur, au doute, aux symptômes et à l’ego. Tous ne sont pas nécessairement des obstacles à éliminer. Certains peuvent devenir des points de départ, des ressources ou des invitations à nous rapprocher de nous-mêmes, à condition de ne pas tomber dans la recherche permanente d’une explication à tout.

Points clés

  • Le chemin spirituel ne conduit pas nécessairement vers une version « supérieure » de soi, mais peut-être vers une version plus complète et plus consciente.
  • La peur, le doute ou un symptôme ne sont pas systématiquement des éléments qu’il faudrait faire disparaître.
  • Certains symptômes peuvent constituer le point de départ d’un chemin vers une rencontre intérieure.
  • Chercher systématiquement une signification à chaque événement ou manifestation corporelle peut conduire à une « tyrannie du pourquoi ».
  • L’ego ou la personnalité peuvent être considérés comme des ressources plutôt que comme des ennemis à combattre.
  • Se rapprocher de notre personnalité et de notre condition humaine peut paradoxalement permettre de moins nous identifier à elles et de cultiver davantage de présence.
Lire la transcription complète
Mesdames et messieurs, bonjour. Bienvenue dans ce nouveau numéro de Présence à soi. Bienvenue à toutes et à tous.

Et je vous fais ce numéro parce que j’ai reçu une question d’une auditrice qui me dit : « Le travail spirituel consiste-t-il à devenir une version supérieure de soi ? Consiste-t-il à retirer la peur, le doute et l’ego qui ont caché la lumière qui a toujours existé en nous ? »

Alors, c’est une question qui est extrêmement inspirante et à laquelle j’avais envie de répondre. Voilà. Directement en audio et à travers ce podcast.

Et déjà, la première phrase, donc je la répète, c’est : « Le travail spirituel consiste-t-il à devenir une version supérieure de soi ? » Non.

C’est vrai qu’il faudrait d’abord s’entendre sur la définition de spiritualité. Je le disais il n’y a pas si longtemps.

Je trouve que c’est un mot assez compliqué, assez difficile à décrire, à définir. Même s’il y a des définitions qui se rapprochent de… peut-être, on peut être confiant que certaines définitions se rapprochent de ce qu’est l’essence de ce mot. Mais voilà.

Prenons pour acquis qu’on comprend le sens de ce mot et que la spiritualité, c’est tout simplement la recherche de sens, l’équilibre d’une vie heureuse et épanouie, etc., avec une certaine forme de connexion au monde, aux autres, à soi-même et peut-être même à plus grand que soi. Voilà, admettons.

Et effectivement, on ne peut pas dire que ce chemin-là et cette exploration-là nous conduisent vers une version supérieure de nous. Mais l’idée, c’est quand même que ce chemin nous conduit vers une version plus complète. J’utilise beaucoup le mot « déployer », mais il y en aurait d’autres.

Ce chemin, ce cheminement, cette exploration nous conduisent vers une version plus consciente, peut-être plus libre de nous, en tout cas plus grande, d’une certaine façon, avec une conscience plus grande. En tout cas, c’est un potentiel.

La suite de la question : « Consiste-t-il à retirer la peur, le doute et l’ego qui ont caché la lumière qui a toujours existé en nous ? »

Alors, c’est vrai que là aussi, parler de lumière, ce sont des mots très forts. C’est un mot très fort.

Et est-ce qu’on doit chercher à définir ce qui est peut-être indéfinissable et peut-être ce qui est propre à chacun, la lumière qu’il y a en nous ? Là, ça me semble encore beaucoup plus compliqué que le mot spiritualité.

Comment définir cette lumière ? Est-ce que c’est quelque chose de visuel, quelque chose de perceptible physiquement ? Est-ce que c’est quelque chose qu’on peut entendre, qu’on peut percevoir, ou quelque chose dont on peut avoir une intuition ? C’est peut-être un petit peu de tout ça.

C’est vrai qu’il y a quelque chose de fondamentalement vrai dans cette phrase qui serait : « Il y a quelque chose de caché qui est de l’ordre de la lumière, qui a toujours existé en nous. »

Est-ce que cette lumière est notre âme ? Est-ce que cette lumière est notre essence divine ? Ce n’est même pas une question, ce n’est qu’un mot, et pourtant il nous pousse à la réflexion et peut-être même à l’introspection.

Et dans cette question, il est évoqué : « Est-ce qu’il s’agit de retirer la peur, le doute et l’ego ? »

Et je ferais une réponse assez catégorique, bien qu’encore une fois, chacun devra explorer, chacun devra confronter ce que vous entendez, les croyances ou les invitations à avoir un nouveau regard ou une nouvelle posture. Tout cela doit être confronté dans le réel et face au réel.

Mais c’est vrai que, de mon expérience, sur le plan thérapeutique, au contraire, il ne faut surtout pas retirer la peur, le doute et l’ego.

Je vais faire très court, je vais vous donner une explication très courte, mais je vais essayer d’être le plus précis, le plus clair possible.

Sur le plan thérapeutique, on considère en maïeusthésie, dans ma posture de thérapeute, qu’on ne retire rien. Chaque symptôme a une justification. Que ce symptôme soit physique, psychique, énergétique, que ce symptôme soit une manifestation de peur, de doute, une crise, quelle qu’elle soit, une crise d’angoisse ou tout autre type de crise.

Le symptôme, quel qu’il soit, je le répète, quel qu’il soit, est quelque chose qui nous est présenté pour démarrer un chemin qui nous mène à une rencontre.

Le symptôme, même s’il est désagréable, et souvent, malheureusement, quand il est désagréable, il est une invitation. Il reste une invitation à cheminer vers nous. Pas toujours.

Il ne faut pas prendre ce que je viens de dire comme une vérité absolue, parce qu’il y a des symptômes qui sont simplement des manifestations du corps qu’il ne s’agit pas d’interroger, qu’il faut simplement laisser passer.

Le corps, il a sa propre autonomie, sa propre intelligence, il a des manifestations et parfois, peut-être même souvent, il faut lui foutre la paix. Désolé pour le vocabulaire un peu châtié, mais c’est vrai.

Parce qu’il y a très souvent ce réflexe de trouver du sens. De trouver du sens à cet événement. De trouver du sens à cette synchronicité.

De trouver du sens à pourquoi mon corps ressent cela. Pourquoi je me suis coupé le petit doigt gauche. Pourquoi, pourquoi, pourquoi.

Et là, on rentre dans la tyrannie du pourquoi. La tyrannie du pourquoi, c’est ce qui nous empêche d’être présent, etc.

Donc parfois, il faut laisser les symptômes se manifester et ne pas les interroger.

Ça ne sert absolument à rien.

Et parfois, il faut avoir une certaine connexion à soi. Il est utile, parfois, d’avoir une certaine connexion à soi pour sentir si un symptôme peut être ou non un appel, un messager.

Donc la manifestation symptomatique, il ne faut surtout pas la retirer parce que c’est grâce aux symptômes qu’on reçoit un courrier.

Le symptôme, c’est le facteur qui frappe à la porte et qui nous dit : voilà, vous êtes invité à faire un chemin vers vous.

Donc on ne retire pas le symptôme.

On ne corrige pas le symptôme. On ne le met pas à distance. Et autant qu’on peut, on ne le considère pas comme quelqu’un ou quelque chose d’infréquentable.

Donc, en posture maïeusthésique, en maïeusthésie, le symptôme, c’est le point de départ du cheminement thérapeutique qui nous conduit, qui va nous conduire, au bout d’un certain temps, peut-être une séance, peut-être deux, peut-être trois, peu importe, à faire la rencontre qui est la plus significative, qui est la plus fondamentale pour réparer, rencontrer, apaiser une part de soi, un être en soi qui a été en difficulté et qui a besoin d’être rencontré, d’être vu, d’être reconnu, etc.

Donc, pour être un peu plus, peut-être, technique, on rencontre un espace qui est clivé et, en explorant cet espace, un apaisement s’opère et, mécaniquement, le symptôme va diminuer.

Je vais passer à l’ego.

Donc, encore une fois en maïeusthésie, dans la posture thérapeutique, l’ego n’est pas quelque chose que l’on… un espace, peu importe la façon dont on le définisse, il n’est pas un espace qu’il s’agit de combattre ou de mettre à distance, encore une fois.

L’ego est une ressource.

D’ailleurs, l’ego, il est trop connoté aujourd’hui. Il vaudrait peut-être mieux l’appeler personnalité.

Donc votre personnalité n’est pas quelque chose, quoi que ce soit, de quelque façon qu’on la définisse, votre personnalité n’est pas une anomalie. Elle est une partie intégrante de l’être que vous êtes, une structure à part entière de l’être que vous êtes, et on pourrait même dire qu’elle est un être à part entière dans l’être que vous êtes.

Donc l’ego, la personnalité, dans le cheminement thérapeutique, peut, pas toujours, mais peut devenir une ressource pour faire un pas supplémentaire.

Donc effectivement, dans ces cas-là, on ne se prive pas d’une ressource et on ne se prive pas de notre personnalité.

Ça, c’est sur le plan psychothérapeutique.

Sur le plan spirituel, ma sensibilité par rapport à la personnalité, par rapport à l’ego, que je considère grosso modo comme la même chose, c’est que je suis très reconnaissant d’avoir une personnalité et un ego parce que c’est très utile dans le monde matériel, dans le monde incarné.

Et ça me semblerait un peu étrange de le mettre à distance pour atteindre un niveau de lumière ou d’éveil, ou quoi que ce soit, plus facilement.

Au contraire, dans mon expérience, dans mon cheminement, je vous le dis, c’est au contraire en se rapprochant le plus possible de notre personnalité et de notre condition humaine que l’on transcende — je ne sais pas si c’est le mot juste — que l’on transcende, que l’on dépasse ces états pour justement aller vers quelque chose que l’on pourrait appeler le soi, la présence, l’éveil, la lumière, etc.

C’est en se rapprochant le plus possible, quitte à dépenser de l’énergie, quitte à faire des efforts, quitte à travailler, quitte à travailler sur soi, quitte à cheminer pendant des années et des années.

Pour moi, se rapprocher de ce qui nous structure nous permet de nous libérer et de transcender tout ce qui peut faire obstacle à notre présence, à notre joie et à notre vie, tout simplement.

Donc voilà, pour un peu un pan spirituel de la question que j’ai reçue, pour moi, la personnalité et l’ego sont des choses, des espaces que j’embrasse le plus possible, que j’aime le plus possible, pour lesquels j’éprouve le plus possible de gratitude, sans jamais les mettre à distance.

Au contraire, absolument au contraire. Toujours pour être plus proche d’eux, toujours pour les aimer plus, toujours pour dire : merci d’avoir une personnalité, merci d’avoir des réflexes cognitifs, peut-être des croyances, merci pour ce cadeau pour lequel je tends le plus à être dans l’acceptation afin de, encore une fois, le plus possible, ne plus m’identifier à ces espaces-là et donc cultiver ma conscience, ma présence, ma sensibilité au-delà de ces mécanismes, au-delà de ces espaces.

Voilà. S’il y a toujours des zones d’incertitude ou d’incompréhension, envoyez-moi un petit message et je vous répondrai.

Et je vous remercie beaucoup pour votre attention.

À très bientôt à toutes et à tous.