Visage de Bouddha reflété dans un miroir fissuré, évoquant les illusions du chemin spirituel
Présence à Soi
Quand la spiritualité devient une nouvelle illusion
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La spiritualité, ce n’est pas une manière de quitter notre humanité, c’est exactement l’inverse. C’est une manière de l’habiter pleinement.

Résumé

Que devient le chemin spirituel lorsqu’il se transforme lui-même en nouveau système de croyances ? Dans cet épisode, Emmanuel interroge plusieurs représentations fréquentes : l’idée qu’une capacité particulière révélerait un haut niveau de conscience, qu’une personne « évoluée » devrait se détacher de la matière, ou qu’une expérience mystique suffirait à témoigner de l’éveil.

Il revient aussi sur la manière dont l’ego peut se réinventer sous une forme spirituelle, et sur la différence entre comprendre quelque chose, vivre une expérience forte et l’intégrer réellement dans sa vie.

Au fil de cette réflexion, une autre possibilité se dessine : celle d’un chemin moins attaché aux images de perfection, davantage ancré dans le quotidien, les relations, les contradictions et une vie simplement humaine, vraie et incarnée.

Points clés

  • Une capacité particulière, aussi impressionnante soit-elle, ne témoigne pas nécessairement d’une plus grande conscience ou maturité humaine.
  • Cheminer spirituellement ne signifie pas se retirer du monde ni se détourner de la matière, mais interroger la relation que nous entretenons avec elle.
  • Une expérience mystique ou d’unité ne suffit pas à démontrer qu’une personne est « éveillée » : la question est aussi celle de son intégration dans la durée.
  • L’ego peut lui-même adopter un langage et une identité spirituels, donnant naissance à une nouvelle forme d’identification.
  • Comprendre ou vivre une expérience profonde n’équivaut pas encore à une transformation : celle-ci se révèle dans le quotidien, les relations et les choix.
  • La désillusion peut faire tomber l’idéal d’une spiritualité parfaite et ouvrir vers une vie plus simple, vraie, humaine et incarnée.
Lire la transcription complète

Mesdames et messieurs, bonjour, bienvenue à toutes et à tous dans ce nouvel épisode du podcast Présence à soi. Et aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un sujet qui me semble assez important. Et pour autant, je ne vais pas pouvoir être exhaustif.

Mais disons que dans ce sujet particulier, j'ai retenu les points qui me semblent les plus importants. Et ce sujet aujourd'hui, c'est celui des pièges, des illusions, des risques que l'on rencontre fréquemment dans le chemin, dans un chemin spirituel. Parce que dès qu'on commence à s'intéresser à la conscience, à la présence, à l'éveil, aux perceptions, à ce que certains appellent le déploiement ou le cheminement spirituel, peu importe, c'est assez tentant de se construire un peu comme une représentation de ce que devrait être la spiritualité, une personne évoluée, etc.

Et donc, on imagine concernant des personnes qu'on jugerait évoluer, on imagine quelqu'un de sage, quelqu'un qui aurait dépassé ses blessures, ses désirs, quelqu'un qui serait détaché du monde matériel ou qui posséderait des capacités particulières ou encore, pire, qui aurait vécu des expériences mystiques extraordinaires. Quand on chemine spirituellement, il me semble assez important de cultiver et de faire preuve de beaucoup de discernement, même si ce n'est pas simple. Se détacher d'une capacité à discerner, ça me semble potentiellement risqué quand on chemine spirituellement.

Parce que oui, le chemin spirituel peut nous conduire vers davantage de vérité, vers plus de joie, plus de conscience. Mais souvent, il y a des impasses. Il y a vraiment beaucoup d'impasses.

Et ça peut devenir un espace ou un sujet où on va se raconter des histoires, où on va remplacer un ancien décorum par un nouveau décorum. Par exemple, le premier point, ça pourrait être se croire arriver parce qu'on a déjà beaucoup avancé. Et là, c'est un paradoxe qui est assez intéressant.

Quand on débute un chemin spirituel, un chemin intérieur, généralement on sait qu'on débute. On découvre, on rencontre, on cherche, on expérimente, on bookine, on regarde des vidéos sur Youtube, ce genre de choses. Donc on ne prétend pas avoir tout compris.

En tout cas, normalement, si on est sain, on sait qu'on n'a pas compris grand chose et qu'on démarre. Mais après quelques années de travail sur soi, un travail sur soi qui peut être très intense, un travail de thérapie, de pratiques spirituelles, d'expériences profondes, il y a ce phénomène qui peut apparaître. On commence à avoir réellement changé.

On le sent, on le sait et on le sent. On comprend certaines choses qu'on ne comprenait pas avant. On conscientise certaines choses qu'on ne conscientisait pas avant.

On peut avoir vécu des expériences ultra fortes, bouleversantes, qui nous marquent. Et précisément parce que quelque chose de réel s'est produit, ça devient parfois possible de croire qu'on est arrivé quelque part. Bon, on est toujours arrivé quelque part, mais qu'on est arrivé peut-être à une forme de confort ou de destination, pour ne pas dire sommet, comme s'il y avait de la verticalité.

Mais voilà, le danger, il n'est pas forcément de n'avoir rien parcouru. Il n'est pas vraiment là. Il est aussi, enfin il peut être là, mais il est aussi de se croire arrivé quelque part.

Ou pire, de croire que l'on est devenu quelqu'un. Alors là, évidemment, ça serait pas mal. De croire qu'on est devenu quelqu'un de plus avancé, de plus conscient, de plus, de plus, de plus, en se comparant à notre ancien moi, en se comparant à quelqu'un qu'on jugerait comme étant un guide, ou une référence, ou en se jugeant à nos proches, à notre famille.

En bref, plus nous avançons, plus il se peut, pas toujours, mais cela peut arriver, que nos croyances, que nos illusions, elles peuvent devenir plus sophistiquées. Ou on peut les juger plus fréquentables. Pas seulement nos illusions, nos croyances, mais tout notre nouveau décorum spirituel.

On remplace d'anciens systèmes de croyances, d'anciens paysages, par un nouveau paysage que l'on juge plus fréquentable, plus vrai, plus spirituel. Et ça, ça me conduit au point suivant. Enfin, ça me fait penser à quelque chose d'important.

Par exemple, une capacité particulière n'indique pas qu'un être humain a atteint un niveau de conscience élevé. Alors il faudrait mettre des guillemets à capacité particulière, à niveau de conscience élevé, mais on se comprend. Ce point là, c'est un point qui me semble assez important à rappeler.

Je vous le redis, une capacité qui, en apparence pourrait paraître extraordinaire, ne révèle pas d'un niveau de conscience élevé. Quelqu'un peut être médium, et vous parler de détails de votre vie sans même vous connaître. Quelqu'un peut pratiquer le chamanisme, être chaman, et faire à peu près la même chose, vous parler de choses extrêmement profondes, extrêmement cohérentes, en apparence très spirituelle, et pour autant rester des humains qui sont profondément liés à des tentations comme le pouvoir, et bien d'autres.

Donc quelqu'un peut avoir ce que l'on appelle des perceptions extrasensorielles. Je le redis, médiumnité, peu importe, je connais pas les termes, extra lucidité, comment on dit, omniscient, j'en sais rien. Mais la personne peut parfois être capable de vous dire des choses extrêmement personnelles, alors qu'elle vous connaît absolument pas.

Ça peut être extrêmement troublant, ça peut même nous fasciner, et très souvent nous faisons un raccourci qu'il y a, entre une capacité extraordinaire et la conscience, un lien d'évidence. Alors que ce sont deux choses très différentes. Peu importe que ces phénomènes existent ou pas, je suis pas là-dessus.

Mais admettons qu'on puisse percevoir certaines informations, ça ne signifie pas qu'on est plus conscient, que l'on est plus sage, que l'on est plus juste. Cela ne signifie pas qu'on ait pacifié ses blessures. Cela ne signifie pas qu'on puisse être capable d'aimer mieux.

Une capacité, ok, elle peut être spectaculaire, mais la conscience de l'être qui l'incarne, cette capacité, très souvent elle est beaucoup moins spectaculaire. Personnellement, je suis plus impressionné par une personne qui a une capacité à écouter, qui sait reconnaître ses erreurs, qui accueille ses vulnérabilités, qui respecte quelqu'un qui pense différemment, que quelqu'un qui va me dire, t'as vécu ça, tes parents ont fait ça, t'es comme ça, et de façon extrêmement précise. Ça peut avoir un petit effet waouh, mais ça ne dure que quelques secondes, parce que je ne me laisse pas avoir.

Je ne me laisse pas avoir, non pas par la personne, par l'être qui est en face de moi, mais par mes propres réactions, mes propres constructions. Donc pour en revenir à ces êtres humains qui ont des capacités, on pourrait aussi parler par exemple de leur aura, de leur charisme. Ce ne sont pas davantage des preuves.

Et on retrouve là le même piège qu'avec les enseignants spirituels, les guides, les thérapeutes, ou les personnes auxquelles on attribue une forme de sagesse. Une personne, elle peut être incroyablement charismatique, elle peut parler très bien, penser très bien, avoir une présence très forte, on peut se sentir profondément touché quand on l'écoute, et pourtant cela ne nous dit rien du tout de cette personne. Cela n'est que notre représentation, ça c'est très important.

Ce n'est que notre représentation, c'est une construction mentale. Donc il faut bien comprendre qu'il existe, ça paraît évident de le dire, mais en fait voilà, je le dis quand même, il existe une différence, des différences entre le charisme, l'intelligence, certaines capacités extraordinaires, certaines expériences spirituelles d'unité ou je ne sais pas quoi, et la maturité humaine, et les qualités humaines. Le vrai test, c'est plutôt, il est plus concret le vrai test, quand on veut, entre guillemets le vrai test.

Je dirais plutôt les véritables observations, elles sont plus concrètes. Comment cette personne, une personne que l'on voit comme étant, croyant qu'elle est supérieure, ou plus éveillée, ou plus consciente, ou plus âge, etc. Comment cette personne a-t-elle interagit avec les autres quand elle n'a rien à gagner ? Comment elle réagit quand on la critique ? Comment elle réagit quand elle est contrariée ? Comment elle accueille ses émotions ? Quel est son rapport avec le gros triptyque classique, avec le pouvoir, l'argent, la sexualité ? Les grandes tentations, je ne refais pas la roue.

Le pouvoir, l'argent, la sexualité. Les trois grands classiques. Et j'en rajouterai peut-être un quatrième, c'est la reconnaissance.

Parce que quand on devient public, quand on devient, entre guillemets, soi-disant un guide, ou quelqu'un qui transmet, quelle relation on a avec la reconnaissance ? Ça mériterait presque un podcast à part entière, ces sujets-là, pouvoir, argent, sexualité et reconnaissance. Quel est le rapport que l'on a quand on devient, prétendument un maître, un guide, un transmetteur spirituel ? Quel rapport on a avec les louanges, les critiques, les êtres qui viennent vers nous ? Bref, voilà, ça c'est une autre croyance que l'on rencontre assez souvent chez les cheminants spirituels. Et ça me fait penser à un autre écueil que l'on rencontre souvent dans le cheminement spirituel, et je l'ai un peu évoqué dans le podcast sur la désidentification, c'est que être spirituel, ça ne signifie pas se retirer du monde.

Il y a beaucoup de gens qui pensent que plus on évolue spirituellement, plus on devrait se désintéresser de la matière. Comme s'il fallait progressivement se détacher de l'argent, du travail, des objets, des plaisirs, des projets, voire même de nos amis, de notre famille. Comme si le spirituel, c'était nécessairement ailleurs.

Et personnellement, je suis convaincu qu'au contraire, que les personnes qui font un chemin profond, elles sont profondément ancrées, elles sont extrêmement présentes au monde et à leur vie, notamment la vie incarnée, la vie humaine. Elles travaillent, elles construisent des choses, elles ont des entreprises, elles peuvent avoir des entreprises, elles aiment, elles ont une famille, des enfants, elles peuvent, encore une fois, elles s'intéressent à la matière. Tout ça, c'est des exemples.

Mais vraiment, elles sont, elles sont dans la matière, elles sont dans la vie incarnée. Elles peuvent aimer une belle maison, elles peuvent aimer un bon repas, aimer au sens honoré, vraiment, c'est plus qu'aimer. Un objet, un objet bien conçu, avec une histoire, un voyage, elles aiment découvrir.

Elles n'ont pas, elles n'ont pas le goût de la possession. Elles n'ont pas besoin de posséder. Elles sont juste curieuses du monde, parce qu'elles sont vivantes, ces êtres-là sont vivants.

La matière, elle n'est pas l'ennemi de la conscience. Le piège, c'est plutôt que, en fait, on croit qu'elle l'est. Le piège, c'est surtout, finalement, la relation que l'on a avec elle, avec la matière.

Quelle est ma relation avec les choses matérielles ? Et quand je dis les choses matérielles, je ne parle pas uniquement des objets, je parle d'autres aspects de la vie. Bon, je ne veux pas rentrer dans les détails, parce que je vais digresser. Mais lorsqu'on a besoin de posséder pour se sentir exister, là, quelque chose se joue.

Là, il y a peut-être une problématique, un déséquilibre. Je ne sais pas pourquoi, je repense souvent à Aucho. Je ne sais pas si vous connaissez cet indien qui était un guide aux États-Unis.

Il y a un tarot qui porte son nom, qui est assez connu. Il avait 93 Rolls Royce. Bon, on peut aimer les Rolls, ce n'est pas un problème.

Je suis monté une fois dans une Roche, j'ai adoré, je trouvais ça magnifique. Mais pourquoi 93 ? Alors, vous pourriez me dire pourquoi pas, oui, mais qu'est-ce qui se joue à cet endroit-là ? En tout cas, moi, j'y perçois, je porte un jugement, je le reconnais, j'y perçois un peu comme une forme d'excès. Peut-être qu'il y avait un message, peut-être qu'il voulait dire à ses disciples que la matière n'est pas un ennemi.

Mais par la quantité, je ne suis pas sûr que cette quantité-là valorisait son message, au contraire, je pense qu'elle le desservait. Donc, apprécier profondément ce qui existe, toucher, goûter, construire, travailler, expérimenter, etc. Ce sont aussi des manières extraordinaires, extraordinairement vivantes d'être présent au monde, au contact du monde.

Donc, une personne évoluée spirituellement, une personne évoluée en conscience entre guillemets, il faudrait mettre des guillemets encore une fois à tous les mots là, mais on est tranquille, on est entre nous. Un être humain véritablement incarné n'est pas nécessairement quelqu'un qui flotte au-dessus de l'existence, il n'est pas forcément détaché de la matière. Au contraire, il a les pieds profondément ancrés sur la terre au sens dans notre monde tel qu'il est aujourd'hui et quels que soient les jugements ou ce qu'on en pense de ce monde.

Et je vais aller un peu plus loin. On pourrait facilement croire que les expériences mystiques, les expériences d'unité, pas l'éveil. Je ne parle pas d'éveil, l'éveil c'est un autre sujet.

Je parle vraiment d'expériences qu'on pourrait croire à tort que ce sont des expériences d'éveil. Donc ces expériences d'unité ou quoi, on pourrait penser qu'elles sont réservées à des êtres extraordinaires. Pendant longtemps, j'ai eu une amie qui avait cette représentation.

Elle pensait que pour elle, l'éveil c'était quelque chose qui concernait les sages, les maîtres, les êtres exceptionnels. Des personnes qui avaient probablement médité pendant 30 ans au sommet d'une montagne, alors j'exagère, mais c'était vraiment pour elle l'idée d'être immaculée, sage. Et je crois que cette croyance est assez courante.

On imagine que ces expériences sont comme des sortes de médailles spirituelles qui sont décernées aux meilleurs élèves, comme s'il fallait avoir atteint un certain niveau pour y avoir accès. C'est ok de croire ça, mais c'est une croyance, c'est du bullshit, ça n'existe pas, ça ne se passe pas comme ça. Peut-être qu'on fait des choses où on croit les choses dans le mauvais ordre, mais c'est ok.

Peut-être que certaines ouvertures de conscience ne viennent pas récompenser une personnalité devenue parfaite, ou une conscience devenue immaculée ou parfaite. Elles peuvent aussi survenir parfois chez des êtres ordinaires, chez des êtres humains ordinaires, contradictoires, encore blessés, voire des êtres humains franchement pas fréquentables. Je ne vais pas en rajouter, vous m'aurez compris, mais des êtres humains vraiment vraiment vraiment pas fréquentables, qui peuvent eux aussi, ça peut arriver, vivre des expériences d'immense, des expériences mystiques, d'immense unité.

Mais pour tous ces êtres-là, c'est à ce moment-là que commence le travail d'intégration. Parce que le fait d'avoir entrevu quelque chose, ça ne signifie pas nécessairement être devenu capable de le vivre. Parce que souvent l'ego ou les identifications restent encore très présentes.

Donc je le redis, avoir vécu une expérience significative d'unité, une expérience mystique, qu'on pourrait qualifier d'éveil, alors que ce n'est pas l'éveil, ou en tout cas qualifier d'expérience d'unité, de présence, etc. Encore faut-il revenir dans le monde et éventuellement être en capacité de découvrir des enseignements profonds de cette ou de ces expériences. Et ça, c'est là que le chemin se fait.

Certainement pas à raconter que l'on a vécu une expérience et s'identifier à l'expérience. Alors on peut raconter l'expérience, et même au contraire, je pense qu'il faut raconter ces expériences-là, parce que sinon on laisse à son prochain un espace d'imagination, un espace où l'autre va croire à notre place que l'on a vécu quelque chose, alors que c'est faux. J'apporte énormément de crédit aux êtres qui racontent leurs expériences, expériences qu'ils appellent expériences d'éveil ou mystiques ou d'unité, peu importe.

Parce que pour moi, elles sont racontables de façon factuelle. Et ceux qui ne le font pas, je trouve ça un peu étrange. Je me demande quelles sont leurs intentions.

Ça me conduit un peu au prochain point qui est l'ego, et les identifications, que je voudrais évoquer comme un écœil spirituel. L'ego dans tout ça, quelle est sa place? Là encore, il faudrait un podcast d'une heure, peut-être même deux, pour parcourir un peu sérieusement le sujet. Mais disons que l'ego, il est souvent présenté comme un grand ennemi du chemin spirituel.

Faudrait en avoir moins, faudrait le détruire, faudrait le dépasser, faudrait le faire disparaître. On croit que quelqu'un qui a beaucoup d'ego serait par définition très éloigné de la spiritualité, de la présence. C'est dommage d'appeler ça l'ego, parce qu'il faudrait préciser de quoi il s'agit.

Mais les principales caractéristiques de l'ego, peut-être les biais cognitifs, peut-être les croyances et les identifications, la personnalité, notre construction mentale, nos constructions mentales, tout ça, c'est vrai que ces mécanismes-là, ce sont des mécanismes et ils peuvent faire obstacle à un chemin spirituel, à une véritable connexion avec l'ici, le maintenant. Mais en même temps, un ego fort, ça peut aussi contenir une grande énergie. Ça peut être une ressource incroyable de capacité à évoluer, à créer, à se confronter au monde.

Et cette énergie, quand elle cesse progressivement d'être entièrement occupée à défendre une identité, des croyances, des avis, des jugements, cette énergie-là peut devenir un potentiel d'un immense mouvement intérieur. Ça reste un immense défi, parce qu'un gros ou un grand ego, c'est vraiment un obstacle compliqué à dépasser, mais en même temps il a un potentiel. Donc c'est pas toujours la taille qui importe, c'est aussi la relation, ne me faites pas dire ce que je ne voulais pas dire, c'est aussi la relation qu'on a à lui.

Est-ce que je suis totalement identifié à l'image que j'ai de moi ? Est-ce que je dois constamment avoir raison, être reconnu, être admiré ? Ou est-ce que je commence à identifier, à voir tous ces mécanismes, à sourire à mes propres réactions, jugements, mes biais ? Et surtout, par exemple, à ne plus avoir cet élan premier, ce mouvement premier de vouloir combattre. Combattre ce qui se passe, combattre ce qui apparaît. Parce que l'ego lui peut aussi devenir spirituel.

En gros c'est ça que je dis. Il peut devenir spirituel ou il peut devenir un disciple ou au service de la spiritualité. Et ça je trouve que c'est quand même parfois, au début en tout cas quand on chemine spirituellement, c'est difficile à repérer.

Parce que c'est, oui moi je suis conscient, moi j'ai compris, j'ai vécu ça, je ne suis plus dans l'ego. Et puis en fait ça devient simplement un ego qui a changé de vêtement. Ça aussi c'est un grand classique.

L'expression, ce qui me vient c'est l'expression ego-spirituel. Et donc le point suivant c'est l'importance qu'il y a à l'intégration et à la pratique. Alors on pourrait dire oui mais les quelles pratiques ? Quelle intégration ? Quelle pratique ? Bon ben là encore il faudrait faire un sujet là-dessus dans un podcast, pourquoi pas.

Si ça vous intéresse, dites-le moi, quelles pratiques spirituelles ? Et puis je ferai un podcast. Mais sur ces points-là, c'est ici que pour moi ça commence. La compréhension ce n'est pas encore une transformation.

L'expérience n'est pas encore une intégration. On peut avoir une intuition extrêmement profonde sur nous-mêmes, on peut vivre un moment de présence absolument bouleversant. Et puis quelques heures ou quelques jours plus tard, on peut disputer avec notre conjoints, notre conjointes, parce qu'elle n'a pas rangé ou il n'a pas rangé au bon endroit.

Bon, tout ça, toutes ces situations de la vie. Et ce n'est pas grave. C'est profondément humain de réagir comme ça.

Par contre le problème, il commence lorsque l'on commence à utiliser notre expérience spirituelle pour prétendre que notre contradiction n'existe plus. Et ce qui me vient quand je dis ça, c'est je pense à pas mal, il y a 6, 7, 8 ans, je regardais des vidéos de soi-disant éveillés, je suis désolé de dire soi-disant éveillés, c'est peut-être des éveillés, j'en sais rien, mais je n'ai pas l'impression qu'il était. Et qu'il disait un peu comme un leitmotiv ou une méthode Kui, tout est là.

Tout est là, oui ok, mais tout est là, est-ce que c'est pédagogique ? Tout est là, est-ce qu'il y a un enseignement ? Oui mais tout est là, ah oui le vase est tombé, ah mais tout est là, j'ai mal à l'estomac, j'ai trop mangé, mais tout est là, tout est parfait. Peut-être que je suis trop rationnel ou trop avide de compréhension, mais une compréhension vertueuse, une compréhension, certes elle peut être intellectuelle, mais si c'est une compréhension intellectuelle, elle est au service de mon déploiement. J'adore comprendre, donc quand quelqu'un me dit, à l'époque quand je voyais ses vidéos, je sentais qu'il y avait un truc pas juste, tout est là, tout est parfait, oui mais c'est à dire.

Qu'est-ce que ça dit de ton chemin, de ce que tu as compris, de ce que tu fais descendre dans ta vie, dans ton corps, dans tes relations, dans tes décisions, dans ta capacité à dire non, à dire oui, à aimer, à travailler, dans ta manière d'habiter le monde, qu'est-ce que ça dit de ta capacité à te mouiller, à prendre position, à avoir des avis, à avoir des jugements aussi, why not, quand c'est conscient, quand c'est assumé. Voilà, c'est vrai que ça m'agace beaucoup, je suis encore agacé, c'était il y a des années, mais je suis encore agacé par ces vidéos où je me disais, c'est parfait. Un autre point que j'ai envie d'aborder, c'est que dans ce chemin que l'on a d'être humain, d'être au monde, il y a parfois la désillusion que l'on va vivre, elle est souvent un passage.

Je ne sais pas si je peux dire une désillusion ou quelque chose de cet ordre-là, une déception peut-être. On va découvrir que quelqu'un qu'on admirait, un guide, un enseignant, un thérapeute, un formateur, n'était pas aussi parfait qu'on l'imaginait. Oui, puisqu'on l'imaginait, donc là-dedans, vous pouvez imaginer quand on imagine quelqu'un, ce qu'est quelqu'un ou qui est quelqu'un, qu'il y a un petit décalage avec la réalité.

Pour en revenir à ce qu'il peut y avoir comme expérience dans cette désillusion, ça peut être par exemple, on a des pratiques qui ne nous empêchent pas de réagir, d'être jaloux, d'avoir des jugements. On se rend compte que les expériences merveilleuses qu'on a vécues, les rencontres merveilleuses qu'on a faites, elles sont loin, elles disparaissent, qu'on est encore vulnérable, qu'on est encore contradictoire, qu'on est encore humain. Et cette désillusion, elle peut faire assez mal, je trouve.

Parce que peut-être qu'à cet instant-là, quelque chose tombe. On laisse aller quelque chose. J'aime pas du tout l'expression de la chéprise.

Je préfère pas laisser aller. On laisse aller quelque chose. On cesse de vouloir devenir quelqu'un ou de vouloir être autre chose.

On cesse de chercher à ressembler à un idéal, à une image fabriquée, idéalisée de nous-mêmes. On cesse de vouloir atteindre un état permanent. La permanence, c'est mort.

On fait du yo-yo, il y a des cycles, ça monte, ça descend, c'est les montagnes russes. Voilà. Donc, en fait, c'est ça qui va rester.

C'est les montagnes russes. Notre vie. Une vie simple.

Une vie mouvementée. Une vie vraie. Une vie incarnée.

Le matin, on se lève, on boit son café, son thé, on va bosser, on aime, on prend soin de soi, des autres, de nos enfants. On va marcher, faire les courses, on va rire, on va pleurer, on va vivre. Donc, cette désillusion, c'est pas la fin de la spiritualité.

C'est peut-être même le début. Elle est certes la fin d'une illusion spirituelle, mais elle est le début d'autre chose. D'une spiritualité réellement vécue, incarnée, et encore une fois, je le dis, humaine.

Et je voudrais terminer par le big boss du cheminement spirituel. Je l'ai évoqué il y a quelques minutes. C'est l'éveil.

Je ne vais pas trop en faire sur ce sujet. Je voudrais peut-être consacrer un podcast à part entière. Je n'ai pas envie d'y passer des plombes.

J'aimerais juste vous dire qu'une expérience d'unité, ce n'est pas nécessairement l'éveil. Et ça, il arrive très souvent qu'on entend dire qu'une personne a été éveillée. Pourquoi? Parce qu'elle raconte avoir vécu une expérience d'unité.

Parce qu'elle a vécu une sensation de totalité. Parce qu'elle a vécu un amour absolu, où il n'y avait plus de moi, il n'y avait plus que l'instant présent. Alors ok, ce sont des expériences extraordinaires.

Extra-ordinaires. Elles peuvent bouleverser une existence. Elles peuvent ouvrir quelque chose qui ne se refermera jamais complètement.

Un enseignement profond qui va nous suivre, nous diffuser quelque chose, qui va diffuser quelque chose en nous tout au long de notre vie. Mais elles ne prouvent jamais, elles ne prouvent pas automatiquement qu'une personne est éveillée. C'est juste qu'une expérience, elle est un état.

Elle apparaît, elle est vécue, et elle disparaît. C'est une expérience. Ce qui devient vraiment intéressant, ce n'est pas seulement ce que quelqu'un a vécu pendant une heure, une journée, ou même quelques jours.

Mais c'est ce qu'il reste dix ans plus tard, vingt ans plus tard. C'est ce qu'il reste dans le quotidien, dans la vie, dans chaque instant. Comment cette expérience a été incarnée? Est-ce que la personne est devenue plus libre, plus capable d'écouter, d'aimer, plus un, plus vrai, plus présente à ses propres contradictions, à ses propres arrangements avec elle-même? Est-ce qu'elle est plus profondément en relation avec la vie, avec le vrai, avec ce qui nous anime tous et toutes? Parce que, au fond, raconter une expérience extraordinaire, c'est relativement facile.

On peut même en rajouter. On peut rajouter de l'extraordinaire à l'extraordinaire. J'en reviens un peu à ce fil directeur de ce podcast et de ce que je transmets.

C'est-à-dire que c'est là que commence véritablement le chemin. La spiritualité, ce n'est pas une manière de quitter notre humanité, c'est exactement l'inverse. C'est une manière de l'habiter pleinement et de découvrir tous ses trésors, quels que soient leurs natures.

Voilà, mesdames et messieurs, pour ce podcast sur les écueils, les pièges, les illusions spirituelles, des cheminants spirituels. Je vous remercie pour votre attention. J'espère que cela vous aura plu.

Si vous avez des questions, des remarques, comme d'habitude, n'hésitez pas à me contacter, à me témoigner. Je suis toujours très, très, très heureux de vous lire et vous êtes nombreux et nombreuses à m'envoyer des messages. Donc, je suis vraiment touché et c'est ce qui aussi me donne beaucoup d'inspiration pour des sujets à venir et à partager avec vous en podcast.

Voilà, je vous dis à très bientôt. Merci à toutes et à tous. À bientôt.