Personne marchant seule sur une ligne jaune au coucher du soleil, illustration du podcast Présence à soi épisode 15
Présence à Soi
Spiritualité et discipline : le chemin vers soi
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On peut couper des relations, transformer des relations, mais pas des liens.

Résumé

Peut-on couper les liens avec une personne qui nous fait souffrir ? Comment traverser les turbulences de la vie sans être constamment ébranlé ? Et que peuvent nous apporter la discipline ou les pratiques spirituelles dans ce cheminement ?

À partir de questions reçues sur ses réseaux, Emmanuel explore la différence qu’il établit entre les liens et les relations, puis revient à ce qui lui semble essentiel : la qualité de la relation que chacun entretient avec soi-même. À travers l’image d’un pendule, il évoque la possibilité de se rapprocher de son axe intérieur, sans prétendre échapper à tous les mouvements de l’existence.

L’épisode aborde également les habitudes, la neuroplasticité, l’intérêt éventuel d’un accompagnement et les diverses manières d’envisager la spiritualité, sans en faire un passage obligé ni promettre un résultat garanti.

Points clés

  • Les liens sont envisagés comme indépendants de notre volonté, tandis que les relations peuvent être transformées.
  • Développer une relation attentive et bienveillante avec soi-même peut modifier notre manière d'être en relation avec les autres.
  • Se rapprocher de son axe intérieur peut rendre les turbulences de l'existence moins intenses.
  • Prendre de nouvelles habitudes suppose notamment de reconnaître nos automatismes et d'explorer de nouveaux choix.
  • La maïeusthésie peut accompagner le déploiement de l'être, sans constituer une garantie de résultat.
  • La discipline et certaines pratiques spirituelles peuvent soutenir ce cheminement, sans que la démarche spirituelle doive être imposée à quiconque.
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Mesdames et messieurs, bonjour. Bienvenue à toutes et à tous dans ce nouvel épisode du podcast Présence à soi.

Et aujourd’hui, je réponds à des questions et je vous partage ce que m’inspirent certaines questions que j’ai reçues sur mes réseaux. Et c’est des questions qui tournent autour de la spiritualité et du déploiement de soi.

Et comme d’habitude, je suis un petit peu embêté, sans vraiment l’être, mais il y a quand même une interrogation qui surgit en moi : c’est à partir d’où je réponds ? Est-ce que je pars de ma posture de thérapeute ? Est-ce que je réponds à partir d’une posture d’être humain qui explore et chemine dans la vie ?

Ça me semble quand même assez essentiel de faire le pas vers celui ou celle qui a besoin d’entendre quelque chose, et pas d’être à un endroit qui serait un absolu, qui serait une destination à atteindre, et l’autre doit faire les efforts pour nous rejoindre. Je ne vais pas faire des plombes là-dessus, mais j’en ai déjà un petit peu parlé.

Il s’agit aussi d’être conscient de ce qu’est une question, le mouvement de la question, l’objet de la question, cette conséquence un peu automatique du fait de poser une question, qui fait qu’on est séparé de la destination et de l’objet de la réponse, et de l’objet de la question.

Donc, c’est une personne qui témoigne d’une difficulté dans sa vie et qui dit qu’elle a essayé de couper les liens avec une personne qui lui pourrit la vie, une personne toxique. Et là, ce n’est pas une réponse à cette personne que je fais, c’est une réponse un peu à tous les êtres qui seraient susceptibles de vouloir couper des liens.

Les liens existent malgré nous. Les liens sont indépendants de notre propre existence, de notre propre volonté. Les liens, ils sont partout, ils sont au-delà de nous. Et les couper, c’est impossible. On peut couper des relations, transformer des relations, mais pas des liens.

Alors, je sais que ça donne l’impression de jouer sur les mots, mais là, en l’occurrence, il me semble que c’est quand même un petit peu important de se mettre d’accord. D’ailleurs, sur les autres questions, ça va s’entendre. Les liens sont au-delà du temps, au-delà de l’espace, au-delà de notre conscience et de notre volonté.

Donc, on ne peut rien en faire, ils sont là. Par contre, effectivement, les relations, elles, on peut chercher, on peut essayer de les transformer. Donc, quand j’entends « couper les liens » avec un autre être qui pourrit la vie, un autre être que l’on considère comme toxique, ça parle de nous.

Bien sûr que ça parle de nous, ça parle de ce que l’on veut faire évoluer dans notre vie, de ce que l’on veut changer dans notre vie. Mais cela ne peut pas dépendre de l’autre, cela ne peut dépendre que de nous-mêmes. Et la personne qui me posait ces questions autour des liens et du déploiement de soi, elle évoquait le fait de changer son regard.

Elle témoignait qu’elle en avait un petit peu marre parce que c’était toujours elle qui faisait les efforts. Et elle demandait si ça permet de changer son regard, que tout glisse et d’être en paix, de ne pas être ébranlé sur les turbulences.

Et pour moi, le seul regard qu’il s’agit de changer, c’est un regard qui est, en fait, une relation que l’on a avec soi, que l’on a vraiment avec soi-même. Et qui permet de grandir. Ce regard que l’on change, on ne le change pas, on le fait grandir, on le développe, on le déploie.

Et c’est d’abord un regard de soi-à-soi, c’est d’abord un regard qui crée du lien avec soi, qui crée, qui crée, qui conscientise le lien que l’on a de soi-à-soi et qui crée de la relation de soi-à-soi. Et en créant cette relation, à force de pratiques et d’habitude, à force de répétition, de rapprochement, d’attention à soi, eh bien, on renforce cette relation, on renforce cette connivence que l’on a avec soi-même, cette proximité que l’on a avec soi-même.

Et c’est à partir de ce point-là, cette relation-là, que notre relation avec le monde, avec les autres, va changer, va elle aussi se déployer. C’est un petit peu comme une conséquence mécanique. En renforçant mon regard, ma relation de moi-à-moi, par écho, par symétrie, par reflet, peu importe, ma relation de moi aux autres et ma relation de moi au monde va elle aussi se transformer, va elle aussi se déployer.

Et la personne évoque qu’elle est parfois ébranlée par les turbulences. Et j’aime bien cette image où, vous savez, quand on est éloigné de soi, quand on est éloigné d’une relation à soi, aux autres et au monde… Vous voyez ces pendules de l’ancien temps, de nos grands-mères ? Nos grands-mères avaient des horloges avec un gros pendule.

Eh bien, imaginez ce pendule-là, qui fait ce mouvement de va-et-vient. Et imaginez qu’effectivement, quand on est éloigné de l’axe de rotation, quand on est à l’extrémité du pendule, les mouvements sont beaucoup plus forts, beaucoup plus intenses. Les frottements sont plus forts, plus intenses.

Alors que, quand on se rapproche de soi, quand on déploie cette relation à soi, on se rapproche de cet axe, de cet axe « Je suis », qui est une rencontre, encore une fois, de joie, de gratitude, de lumière, d’amour. Et on ne prétend pas, en tout cas dans un premier temps, être sur cet axe en toutes circonstances, et puis rien ne bouge. Non.

L’idée, c’est de cheminer vers cet axe en se rapprochant de nous. Et donc, vous voyez, la pendule, quand on va remonter vers l’axe de rotation, les mouvements vont être moins intenses, l’amplitude sera moins grande, donc il y aura moins de turbulence. Voilà l’idée : de se rapprocher de soi.

Un rapprochement qui, petit à petit, va être nourri par la joie de se retrouver, la joie de se connaître, de se rencontrer, la gratitude de se rencontrer, de se découvrir, de cheminer avec soi-même, avec ce qui nous anime, avec ce qui émerge de nous, y compris des pensées, y compris des émotions, y compris notre corps et des sensations, tout ce qui fait que nous sommes des êtres.

Et cette même personne évoque à un moment donné la neuroplasticité. C’est vrai qu’il y a beaucoup de recherches sur la neuroplasticité cérébrale et on sait aujourd’hui qu’il y a une immense adaptabilité du cerveau aux nouvelles situations.

Et donc, cette personne évoque que, quand on sort de la zone de confort, ça génère des déséquilibres. Mais, quand elle évoque ça, elle est consciente que la neuroplasticité, la création de nouvelles autoroutes neuronales, participent à un rétablissement de l’équilibre.

Il y a ce phénomène qu’on appelle l’homéostasie, qui fait qu’un système vivant va de lui-même chercher à retendre vers l’équilibre suite à un déséquilibre. Et la personne qui me posait cette question concernant le changement de regard, la neuroplasticité, etc., elle demandait : « Mais comment on fait pour prendre de nouvelles habitudes, pour arriver à être qui on a envie d’être ? »

Et là, je me dis : « Mais waouh ! Pour arriver à être qui on a envie d’être, c’est une sacrée question existentielle. » Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre en dix minutes, même en dix heures.

Mais concernant prendre de nouvelles habitudes, je dirais qu’il s’agit d’abord d’avoir conscience des mécanismes automatiques qui sont à l’œuvre en nous, que ce soit nos habitudes, nos croyances, nos pensées, pour arriver à les identifier et peut-être à avoir des nouveaux gestes, à faire des nouveaux choix qui soient moins des choix par défaut, à donner un peu d’importance à la nouveauté, à prendre un peu plus de risques avec ce qui est nouveau pour nous.

Et ça peut se faire en autonomie, mais c’est vrai que plus… Pas nos exigences d’être qui on a envie d’être, mais notre élan, notre envie profonde, sincère, d’être qui on a envie d’être. Si elle est guidée, ça me semble quand même beaucoup plus confortable.

Guidée par un thérapeute, guidée par un enseignant spirituel ou un coach de vie, quels que soient les mots qu’on va trouver pour désigner ce type de pratique, me semble vraiment l’un des premiers, sinon le premier facteur qui va permettre de prendre plus facilement de nouvelles habitudes, de les mettre en pratique plus facilement, d’en identifier les bienfaits et de tendre vers quelque chose qui, peut-être, est plus subtil, c’est-à-dire arriver à qui… vraiment envie d’être, rencontrer, connecter.

Et ce chemin-là, oui, je vous le redis, il est utile d’être guidé.

Et ça peut prendre, encore une fois, différentes formes : des traditions spirituelles, des traditions agnostiques, religieuses, peu importe. À chacun de nous de trouver l’être et peut-être la pratique qui seront adaptés à là où on en est, à nos besoins, à notre sensibilité.

Et la personne me demandait : « Et la maïeusthésie est-elle une solution dans ce sens ? » Ben oui, la réponse oui. La maïeusthésie, comme tant d’autres approches.

Alors, si la maïeusthésie n’était pas, je le dirais, mais effectivement, la maïeusthésie, par essence, elle participe fondamentalement… Elle est conçue pour faciliter le déploiement de l’être. Donc là-dessus, oui, la maïeusthésie. Je ne dirais pas que c’est une solution, parce que « solution », ça vend déjà que c’est bon, ça va le faire, et on a trouvé le truc et on va y arriver, comme une garantie. Et ça, je trouve que c’est injuste, c’est presque faire offense à la vie de parler de garantie.

Mais on sera en chemin, on sera sur un chemin qu’on sent être le bon.

Et il y a une personne qui, aussi, m’envoie une question, et je trouve que c’est une question qui est un petit peu, enfin un petit peu, même beaucoup liée à ce que je viens de partager, et qui demande en substance si la spiritualité, elle est accessible uniquement à un certain nombre de personnes ou un peu à tout le monde. Et après, elle pose d’autres questions.

C’est vrai que ce n’est pas évident de répondre parce qu’elle ne me dit pas ce qu’est la spiritualité pour elle. Est-ce que la spiritualité est accessible à toutes et à tous ? Je ne sais pas, ça dépend de ce qu’on entend par spiritualité.

Alors, je suis à moitié fâché avec ce mot, et c’est marrant parce que j’ai dû faire une syncope mentale, littéralement. J’avais trouvé un petit subterfuge, un truc qui était plutôt pas mal pour exprimer en mots ma définition de la spiritualité, et puis je l’ai mangé, je suis passé à autre chose. J’étais très content de moi, mais je l’ai zappé.

Donc c’est pas grave, je reste avec ce mot qui dit ce qu’il dit et qui ne dit pas tout ce qu’il ne dit pas. Mais admettons qu’on parle de déploiement de soi, qu’on parle de nourrir notre esprit, peut-être même notre âme, et de nous rapprocher de qui on est vraiment.

Si c’est ça, la spiritualité, je dirais que oui et non. Oui, parce que notre nature, par définition, elle est entre guillemets « spirituelle ». Mais d’un autre côté, il y a des êtres humains que ça ne les intéresse pas du tout, mais alors pas du tout. Non, il y a des gens qui ne sont pas là pour faire un chemin spirituel, ça ne les intéresse pas du tout, et ces gens-là, foutons-leur la paix.

Le prosélytisme, non merci. Il n’y a rien de pire que de vouloir imposer des pensées, des idées, des croyances, c’est terrible. Je trouve que c’est complexe. Compliqué, je ne sais pas, mais complexe, je trouve que, quand même, c’est assez complexe. Tous les êtres humains ne sont pas destinés à déployer leur dimension existentielle.

Et cette personne, elle précise, ou elle a une autre question, qui est : « Est-ce que la discipline peut, à elle seule, suffire à accéder à des expériences spirituelles atypiques ? » Je vais écarter de la question « à des expériences spirituelles atypiques », même si j’ai envie de répondre.

La discipline, oui. Pour moi, la discipline, c’est un des leviers qui, fondamentalement, permet de faciliter, de fluidifier le déploiement de soi. Alors, qu’on parle de discipline, qu’on parle de routine, qu’on parle de cadre, oui, la matière, c’est du cadre. Avoir un cadre, c’est avoir des repères, et quand on a des repères, c’est plus facile d’avancer.

Essayez de marcher trente kilomètres dans une mangrove, et essayez de marcher trente kilomètres sur une route goudronnée en ligne droite : vous ne ferez pas trente kilomètres dans un cas et dans l’autre avec la même durée. Donc, avoir un sol dur, ferme, dans une pratique spirituelle, donc avoir un cadre, de la discipline, ça participe grandement à l’intégration, à la compréhension, au déploiement de notre conscience.

Mais il y a quand même cette subtilité dans la question, qui est : « Est-ce que la discipline permet, à elle seule, d’accéder à des expériences spirituelles atypiques ? » Je dirais aussi oui.

Mais tout dépend de quelle discipline on parle, parce qu’il y a quand même certaines traditions, l’advanta, le zen, peut-être aussi certaines pratiques chamaniques, d’autres pratiques aussi de méditation, dans le yoga ou plein d’autres pratiques spirituelles, qui sont justement conçues pour nous permettre de vivre des expériences spirituelles atypiques, entre guillemets. Je reprends les mots de la personne, parce que ces expériences spirituelles atypiques, ce sont quoi ?

Ce sont des ouvertures de conscience, ou des expériences intenses qui vont nous permettre de grandir, ou en tout cas qui ont en elles le potentiel d’être une ressource pour nourrir notre déploiement.

Ce que je veux dire par là, c’est que ces expériences de vie, qu’on les qualifie de spirituelles ou simplement d’expériences de vie, quand elles sont intenses, elles ont en elles les ingrédients, les graines qui peuvent germer, qui peuvent produire des fruits, des fruits qui nourriront notre déploiement et notre conscience.

Il y a certaines disciplines, certaines traditions qui sont conçues pour que, justement, on vive des expériences, entre guillemets, « spirituelles atypiques », pour que, justement, de ces expériences spirituelles atypiques, on recueille des fruits et que l’on utilise ces prises de conscience, ces fruits, ces graines qui germent dans notre cœur et dans notre conscience pour continuer notre déploiement.

Merci à toutes et à tous pour votre attention dans ce numéro de Présence à soi. Je vous souhaite une très belle journée et je vous dis à très bientôt. Merci.