Vous l’avez déjà vécu … une remarque anodine vous accompagne des heures après qu’elle a été prononcée. Une tension dans une pièce vous affecte alors que personne n’en parle. Une critique vous touche, même lorsque vous savez rationnellement qu’elle n’est pas si importante.
Peut-être vous reconnaissez-vous dans l’une ? Bienvenue dans le monde des « hypersensibles ». Ce monde où lorsque les émotions deviennent intenses, le premier réflexe consiste à vouloir mieux les contrôler : prendre du recul, relativiser, penser autrement etc.
Alors oui, ces gestes peuvent être utiles. Pourtant, il existe une autre question, souvent moins explorée : et si une émotion intense n’était pas seulement quelque chose à calmer, mais aussi quelque chose à accueillir ? Je suis convaincu que cette manière de considérer nos ressentis change profondément notre façon d’aborder l’hypersensibilité.
Quand ressentir beaucoup devient difficile.
Bien que beaucoup le vivent tel quel, être très sensible n’est pas en soi un problème. Certaines personnes perçoivent très finement leur environnement, les attitudes, les changements de ton, les ambiances ou leurs propres mouvements intérieurs. Cette sensibilité peut nourrir l’intuition, l’empathie, la créativité ou une grande capacité à entrer en relation avec les autres. Pour moi, il s’agit surtout d’une façon plus riche et plus fine de voir et de vivre dans notre monde (intérieur et extérieur).
Mais cette sensibilité, quand elle devient extrême, peut devenir difficile à vivre. On peut alors avoir l’impression de « trop ». Et progressivement apparaît parfois une seconde difficulté : non seulement l’émotion est présente, mais nous nous reprochons de l’éprouver. Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? Pourquoi est-ce que cela me touche autant ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas simplement à passer à autre chose ? Et cette lutte intérieure, tous ces jugement que l’on a sur soi, deviennent aussi pénibles que l’émotion elle-même.
Hypersensibilité : le problème est-il vraiment l’intensité de l’émotion ?
Lorsqu’une émotion devient inconfortable, il est naturel de chercher à la réduire. Je ne vais pas développer ici, mais rien que ce premier mouvement peut déjà coûter beaucoup d'énergie à dépenser pour y parvenir. Par ailleurs, vouloir systématiquement faire disparaître une émotion revient trop souvent à s’intéresser uniquement à son intensité sans chercher à comprendre ce qu’elle vient toucher en nous. Car une émotion n’est pas uniquement produite par ce qui se passe maintenant. Elle peut également entrer en résonance avec une expérience, une peur, une représentation de soi ou une ancienne blessure.
Dans cette perspective, la question n’est plus uniquement : comment faire pour que cette émotion disparaisse ? Elle devient : Qu’est-ce qui, en moi, vient d’être profondément touché ?
Une émotion n’est pas forcément un dysfonctionnement.
Dans notre éducation, dans notre culture, nous avons appris à considérer certaines émotions comme gênantes. La peur serait quelque chose qu’il faudrait dépasser. La tristesse, quelque chose dont il faudrait sortir. La colère, quelque chose qu’il faudrait maîtriser où canaliser.
Bien sûr, lorsqu’une émotion devient très intense ou très envahissante, il est légitime de rechercher de l’apaisement. Mais cela ne signifie pas que l’émotion elle-même soit le problème. Elle peut parfois être un signal (j’en parle dans le podcast « Les symptômes : obstacles ou chemins vers soi ? »).
Un signal qui indique qu’une dimension de notre être attire notre attention. Dans l’accompagnement thérapeutique, cette distinction est très importante. Il ne s’agit plus nécessairement de lutter contre ce que l’on ressent, mais d’apprendre à rencontrer ce qui se manifeste avec davantage de curiosité, moins de jugement et si possible plus de délicatesse.
Et si l’émotion permettait de rencontrer une part de soi ?
En psychothérapie par la maïeusthésie, le ressenti n’est pas seulement considéré comme un symptôme qu’il faudrait supprimer. Il peut devenir un fil conducteur. Lorsque quelque chose nous touche fortement, nous pouvons chercher à identifier ce qui, intérieurement, est concerné.
Il peut s’agir de la personne que nous avons été à un autre moment de notre vie. Par exemple :
- l’enfant qui avait peur de décevoir
- l’adolescent qui se sentait différent
- la personne qui a vécu une rupture douloureuse
- celle qui s’est sentie abandonnée, rejetée ou incomprise ...
Nous pouvons avoir cherché pendant longtemps à ne plus ressentir ce qu’une partie de nous continue pourtant à exprimer. L’approche consiste alors moins à faire taire cette expérience qu’à lui accorder une véritable rencontre, puis une véritable place. Explorer cette connexion ouvre réellement de nouvelles perspectives sur notre développement personnel et même de réelle voies d'apaisement intérieur.
De « je suis trop sensible » à « quelque chose en moi est touché »
Pour moi, ce point est si important : la manière dont nous formulons notre expérience transforme notre relation avec nous-mêmes. Dire : « Je suis trop sensible » peut rapidement devenir un jugement sur notre identité. Alors que dire : « Cette situation touche quelque chose de sensible en moi » ouvre une possibilité inédite. Nous ne cherchons plus à corriger notre personnalité. Nous pouvons commencer à découvrir ce qui demande notre attention.
Cette nuance peut sembler mince, mais elle est si importante. Elle transforme une difficulté vécue comme une faiblesse personnelle en une expérience pouvant être explorée.
Par exemple, une remarque déclenche une émotion très forte ... imaginons une personne particulièrement touchée par les critiques. Son responsable lui fait une remarque relativement neutre sur son travail. Immédiatement, elle ressent une tension importante. Pendant plusieurs heures, elle repense à la conversation. Elle sait rationnellement que son responsable n’a pas remis en cause sa compétence. Pourtant, l’émotion reste présente. Une première approche pourrait consister à lui rappeler les faits :
- « Ce n’était qu’une remarque, voir une invitation à réajuster. »
- « Il ne faut pas prendre les choses personnellement. »
Ces paroles peuvent être rassurantes. Mais elles n’expliquent pas pourquoi cette remarque précise a provoqué une réaction aussi forte. En explorant son ressenti, cette personne pourrait découvrir qu’elle connaît très bien cette peur de ne pas être « assez bien ». Cette sensation ancienne qui correspond à une période de sa vie durant laquelle elle devait constamment prouver sa valeur. Ce qui semblait être au départ une difficulté à « gérer une critique » devient alors la rencontre avec une part de soi beaucoup plus profonde et encore très présente. L’objectif ne serait donc plus de « réussir à supporter les remarques », mais de rencontrer l’être, parfois l'enfant, que l’on a été.
Quand l’hypersensibilité devient une source de souffrance
Cependant, une forte sensibilité n’est pas en elle-même une raison de commencer une thérapie. Certaines personnes vivent très bien avec une grande intensité émotionnelle. Il peut en revanche devenir intéressant de se faire accompagner lorsque certaines réactions créent régulièrement de la souffrance ou limitent la vie quotidienne. Surtout si elles sont récurrentes.
Par exemple lorsque :
- les critiques provoquent une remise en question trop importante
- certaines émotions reviennent régulièrement sans que l’on comprenne pourquoi
- des situations relativement ordinaires réveillent une souffrance intense
L’objectif n’est alors pas nécessairement de devenir moins sensible. Il peut être de devenir plus libre dans sa relation avec ce que l’on ressent.
Mieux vivre ses émotions ne signifie pas forcément ressentir moins
Là encore, soyons clairs : mieux vivre ses émotions signifie reconnaître plus rapidement ce qui se passe et ne plus considérer immédiatement son émotion comme un problème à résoudre. Comprendre ce qui est réellement touché et distinguer la situation actuelle de ce qu’elle réveille. Ne ne plus lutter systématiquement contre certaines parties de soi. Il arrive alors qu’un apaisement apparaisse non pas parce que l’émotion a été vaincue, mais parce que ce qu’elle cherchait à signaler a enfin été rencontré et entendu.
Ce que peut apporter un accompagnement thérapeutique
Il est sans doute important de le préciser, mais une séance ne nécessite pas de connaître précisément l’origine de ce que vous ressentez. Il n’est pas nécessaire d’arriver avec une explication. Votre situation actuelle peut suffire. Une émotion, une réaction que vous ne comprenez pas. Ou une difficulté qui revient. Le ressenti devient alors progressivement un guide permettant d’identifier ce qui demande votre attention.
En maïeusthésie, l’objectif n’est pas de forcer une personne à revivre son passé ni de rechercher systématiquement des souvenirs douloureux. L’accompagnement suit ce qui se présente. Lorsque quelque chose de votre histoire apparaît, il est accueilli dans la mesure où cela semble juste et pertinent pour vous.
Peut-être n’avez-vous pas besoin de ressentir moins
Lorsque nous nous considérons comme « trop sensibles » ou « hypersensibles », nous pouvons passer beaucoup de temps à essayer de nous adapter et à être moins touché … prendre davantage de recul, se protéger. Ne pas montrer ou contrôler.
Disons-le sans détour … parfois tout c’est utile. Mais il existe également une autre possibilité. Au lieu de chercher immédiatement à modifier ce que vous ressentez, vous pouvez commencer par vous demander : Qu’est-ce que cette émotion essaie de me montrer ? Pas pour interpréter. Pas pour chercher absolument une cause. Mais pour accorder de l’attention à ce qui, en vous, vient d’être touché. La sensibilité peut alors cesser d’être uniquement vécue comme une fragilité. Elle peut devenir une voie d’accès particulièrement fine à votre expérience intérieure, et même comme déjà évoqué plus haut, une ressource et même un atout.
Questions fréquentes
Est-ce que l’hypersensibilité est un trouble psychologique ?
Le terme hypersensibilité est utilisé de différentes manières et ne correspond pas, à lui seul, à un diagnostic psychologique. Certaines personnes l’utilisent simplement pour décrire une grande sensibilité émotionnelle, relationnelle ou sensorielle. Si vos réactions deviennent très difficiles à vivre ou s’accompagnent d’autres symptômes importants, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé ou de santé mentale.Comment puis-je vous aider aujourd'hui ?
Pourquoi certaines remarques me touchent-elles autant ?
Une remarque actuelle peut parfois entrer en résonance avec une expérience plus ancienne, une peur ou une représentation de soi. L’intensité de la réaction ne dépend donc pas nécessairement uniquement de la situation présente.
La maïeusthésie peut-elle aider avec l’hypersensibilité ?
La maïeusthésie peut être utilisée pour explorer les ressentis et les situations qui déclenchent une souffrance ou des réactions répétitives. Elle ne vise pas à supprimer une sensibilité, mais à rencontrer ce qui, derrière certaines réactions, semble demander une attention particulière.Elle peut être amplifiée par des souvenirs ou des croyances profondes.
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